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Krallice + Fange @ Montreuil

Concert du 03 novembre 2026

Montreuil — Le Chinois

07 nov. 2026 - Par S.A.D.E

Depuis presque vingt ans, Krallice travaille un black metal exigeant, technique et très personnel. Si au fil des années la musique des Américains s'est chargée en nappes et en éléments synthétiques, Scour Order, sorti en septembre dernier, revient à un son plus proche de leurs débuts, tout en gardant l'expérience de composition acquise au cours de leur carrière. Leur passage par la capitale se fait en banlieue (très proche), dans la salle intime et parfaitement adaptée qu'est Le Chinois à Montreuil. Pour compléter le plateau de cette soirée, Fange est venu ouvrir les hostilités.

 

Fange

Hostilité est peut-être d'ailleurs le maître-mot de la musique de Fange. Avec son metal indus descendant de Godflesh enrichi en grésillements et grincements, les concerts du combo Rennais sont toujours placés sous le signe de l'animosité. Cette date ne fait pas exception : dès les premiers coups de la boîte à rythme hargneuse, c'est tout l'agressivité de Fange qui débarque. Sans doute trop à l'étroit sur la scène du Chinois pour son semi-marathon habituel, Matthias Jungbluth arpente les premiers rangs du public en hurlant ses paroles de sa voix si habitée. Sur scène, Benjamin, Titouan et Antoine envoient les riffs plombés et baveux qui remuent un public réceptif. Ayant déjà vu le groupe sur scène quelques fois, le concert ne réserve pas de surprise particulière, il confirme seulement sa capacité à plonger une salle dans son univers poisseux et sombre, avec le bémol que j'ai toujours face à l'usage un peu trop marqué du backtracking. Ce point mis de côté, il est impossible de ne pas être happé par la rage qui habite le groupe et sa présence scénique. Sur ce point, une mention spéciale à Antoine, dont la sangle de basse lâchera sur le dernier titre, et qui s'épuisera à tenir son instrument à bout de bras, suant et crachant dans l'effort, avant de planter verticalement sa basse sur scène pour en maltraiter les cordes encore un peu. Bref, un échantillon de l'abandon des musiciens dans leur art qui donne toujours une saveur particulière à un concert.

 

Krallice

Krallice entame son set sans cérémonie : à peine les balances terminées, alors que la BO de la saison trois de Twin Peaks vient d'être coupée, le quatuor se lance dans son set sans plus de cérémonie. "Grievous Corrector", extrait de leur dernier album, nous est proposé en guise d'entrée en matière et ce premier contact est déjà divin : le son est précis et lisible, malgré la densité quasi permanente du propos. Les guitares cumulent la plupart du temps deux lignes, soit harmonisées, soit véritablement différentes, à quoi s'ajoute le jeu tentaculaire de Nicholas McMaster à la basse et la présence d'un blast ou d'un tapis de double sur la plupart des plans. Bref, une musique surchargée mais qui reste néanmoins largement déchiffrable. Le set sera largement construit autour de Scour Order, représenté par six morceaux, auxquels les Américains ajouteront trois titres extraits de leur album de début de carrière, aux sonorités plus proches que ceux sortis ces dernières années. Un des moments les plus extraordinaires d'un concert qui n'en a pas manqué a été "Agonal Shining" et sa mélodie entre l'épique et le déséquilibré, son agencement de lignes de guitare aussi étrange que fascinant. En plus d'être des musiciens de premier ordre, les types ont l'air de ne pas se prendre au sérieux pour un sou, Mick Barr et Lev Weinstein s'amusant à catapulter la bouteille d'eau du premier posée sur la cymbale du second le temps du réaccordage entre deux titres.

Autre moment de bravoure du concert : "IIIIIIIIIIII" et ses seize minutes. C'est une chose que l'on oublie parfois lorsqu'on écoute les albums studio : l'endurance requise pour transformer certains titres en live. Je ne sais pas combien de centaines d'heures d'entraînement il faut pour parvenir à tenir des blasts ou du tremolo picking sur près de cinq minutes. Ce qui est sûr, c'est qu'en tant que spectateur, la performance est tout simplement hallucinante et jouissive. Colin Marston débranche et commence à enrouler le câble de sa guitare à la fin de ce titre fleuve, mais ses comparses n'en ont pas encore assez et l'entraînent dans un ultime tour de piste avec "Living Useless Ritual" qui offre au public une dernière leçon de black metal avant-gardiste. Retour à Twin Peaks dans les enceintes, avec cette fois le générique, et soudain le rideau rouge en fond de scène devient bien mystérieux.

À mesure que l'on voit des groupes sur scène, il est de plus en plus rare d'être soufflé lors d'un concert, mais cette performance de Krallice fait assurément partie des sets les plus impressionnants que j'ai vus. La technicité alliée à l'audace musicale et à une sonorisation impeccable débouche sur un concert qui tend vers l'idéal, et les applaudissements nourris et prolongés du public en sont le témoin le plus fiable. 

Setlist de Krallice : 
01.Grievous Corrector
02.Kill the Guardian
03.Agonal Shining
04.Scour Order
05.Living Useless Ritual
06.Forgiveness in Rot
07.Unceasing Path
08.IIIIIIIIIIII 
Rappel
09.Living Useless Ritual    

Merci à Cerbère Coryphée pour cette date, et à Dominik d'All Noir PR pour l'accréditation.