Live Reports
RetourLive Report
Oranssi Pazuzu + Múr @ La Machine du Moulin Rouge
Concert du 26 octobre 2026
Paris — La Machine du Moulin Rouge
02 nov. 2026 - Par S.A.D.E
Lors de son dernier passage à Paris en 2024, Oranssi Pazuzu ouvrait pour les Islandais de Sólstafir à la Machine du Moulin Rouge. Deux ans plus tard, toujours dans la même salle, les Finlandais sont en tête d'affiche, la première partie étant assurée par les Islandais de Múr. Un nouveau plateau venu du Grand Nord donc, et sans doute un peu plus cohérent stylistiquement : la musique de Múr peut toucher plus facilement le public d'Oranssi Pazuzu, là où le son des Finlandais devait paraître bien inaccessible aux auditeurs de Sólstafir.
Múr
Fort d'un premier album, le quintet Islandais propose un post-metal un poil trop lumineux pour mes standards mais qui est, nonobstant, de tout à fait bonne facture. Un écran en fond de scène commence à afficher des motifs géométriques mouvants, puis les musiciens entrent en scène et entament leur set avec Fall. Le son est excellent, précis et massif à la fois, une quasi-constante à la Machine. Visiblement, "Fall" et les titres suivants, "Halgrima" et "Vegferd", sont des nouveautés (même si rien ne nous est précisé), les morceaux ne figurant pas sur l'unique album du groupe. Et cette entrée en matière laisse craindre quelques longueurs, les trois propositions se perdant parfois dans des prolongements de riffs un peu inutiles. Il faut néanmoins souligner la présence scénique du groupe, avec des musiciens mobiles et qui s'offrent à leur public. Kári Haraldsson, chanteur et claviériste, avec sa chevelure XXL et sa gestuelle évocatrice, fait office de maître de cérémonie, aussi à l'aise en chant clair qu'en guttural. (Je me dois un rapide commentaire, plein de mauvaise foi et de fiel, soyez prévenu.e.s, sur son instrument, un clavier-guitare : ne serait-il pas plus simple — et infiniment moins ridicule — d'opter pour un clavier sur pied, ce qui éviterait de se trimballer un machin aussi laid que lourd autour du cou même quand on en joue pas ? Je vous laisse méditer là-dessus.)
Si donc, la première partie du set est un peu poussive, la seconde partie est nettement plus percutante, avec trois titres tirés de l'album éponyme du groupe. L'aspect un peu djenty de certains plans rythmiques fonctionne très bien en live. Le groupe conclut avec le très direct "Frelsari", sur lequel l'écran affiche des images kaléidoscopiques faites de bouches, de doigts ou de membres pour un résultat bien perturbant — et plus pertinent que les classiques et déjà vues compositions fractales ou symétriques proposées le reste du temps. Au final, un peu comme sur album, même sans parvenir à être captivé par la musique de Múr, force est de constater que leur concert n'a pas manqué de qualités intrinsèques et d'une belle dose de maîtrise pour un groupe à l'allure aussi juvénile. Pas de doute qu'il y a un futur pour ces cinq Islandais, les applaudissements nourris en fin de set en témoignent.
Setlist de Múr :
01.Fall
02.Halgrima
03.Vegferd
04.Eldhaf
05.Hamar
06.Frelsari
Oranssi Pazuzu
Oranssi Pazuzu est sans doute l'un des groupes rattachés au black metal dont les expérimentations sont les plus idiosyncratiques et les plus audacieuses, torturant toujours plus un genre déjà torturé. Bien qu'ils défendent toujours Muuntautuja, leur dernier album en date, les Finlandais lancent leur set avec "Sienipilvi", extrait de Kosmomonument, leur second album. Immédiatement, le constat est le même que pour la première partie : le son est extraordinaire. Et il n'en faut pas moins pour permettre à cette musique si riche et chargée de vivre en live et de montrer toute sa subtilité. Le groupe enchaîne avec la doublette d'ouverture de leur dernier album, "Bioalkemisti" et "Muuntautuja". Ce second morceau, avec ses impressionnants effets électroniques dans les basses qui font vibrer les tripes, est une pure expérience sonore, quelque chose qui va presque au-delà de la musique, qui travaille la sensation physique autant que la production d'images mentales. Le dispositif scénographique du groupe est toujours aussi minimaliste : pas d'écran, seulement un éclairage depuis le fond de scène ne laissant voir que des silhouettes, avec, de temps en temps, du stroboscope lorsque la séquence le requiert. Les deux guitaristes tiennent le devant de la scène : Jun-His, derrière son micro, déploie des gestes étranges et hypnotiques pendant que Ikon, alternant entre guitare et claviers, se désarticule sur scène.
Après ce premier arrêt sur Muuntautuja, Oranssi Pazuzu propose une (presque trop) rapide traversée de Mestarin kynsi avec les morceaux "Uusi teknokratia" et "Kuulen ääniä maan alta" desquels quelque chose d'aqueux se dégage. Puis retour sur le dernier album, qui aura presque été joué en entier avant que les musiciens ne quittent la scène. Pour revenir rapidement avec un rappel sur le labyrinthique "Vasemman käden hierarkia", dans une version légèrement écourtée peut-être, mais qui reste un copieux retour sur scène et une conclusion parfaite.
Difficile de ne pas être dithyrambique à propos de la prestation délivrée par Oranssi Pazuzu. Menée avec une maîtrise totale, cette forge du chaos sonore en live est toujours aussi impressionnante à voir. Et ce d'autant plus que chaque nuance, chaque grésillement, chaque stridulation, chaque petit bidule sonore indéfinissable, aussi discret que nécessaire, parvient à être audible. Une prouesse parmi tant d'autres qui font qu'un concert des Finlandais est une expérience totale et radicale.
Setlist d'Oranssi Pazuzu :
01.Sienipilvi
02.Bioalkemisti
03.Muuntautuja
04.Uusi teknokratia
05.Kuulen ääniä maan alta
06.Voitelu
07.Hautatuuli
08.Valotus
09.Ikikäärme
Rappel:
10.Vasemman käden hierarkia
Un grand merci à Garmonbozia pour cette soirée !
