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System of a Down @Paris
Concert du 04 juillet 2026
Saint-Denis — Stade de France
20 oct. 2026 - Par Aurélie Jungle
Quand ils ont annoncé leur retour à grand renfort de street marketing, j’ai prié pour un enchaînement de Bercy (ouais l’Accord Arena). On aura finalement un Stade de France, complet en l’espace de quelques minutes, puis un second, complet lui aussi en l’espace de quelques minutes. On a peur pour le son et pour l’ambiance, avec cette fosse coupée en deux, mais ça y est, System of a Down va enfin remettre les pieds dans l'Hexagone !
Attendu comme le messi depuis le COVID, du fait d'annulations successives en raison de la pandémie, SOAD a mis un terme à sa carrière au sommet, il y a 21 ans (je passe le single "Protect the Land / Genocidal Humanoidz" - single à but caritatif sorti en 2020). Cinq albums au compteur et j’en jette aucun. Ouais y’a deux équipes. Y’a ceux qui se sont arrêtés à Steal this album ("parce qu’on entend trop Daron" parce que ça devient trop "déjanté") puis y’a les autres. Je fais partie des autres. Ceux qui ont même enchaîné avec Daron Malakian and Scars On Broadway.
Il est 19h50, nous sommes le 4 juillet et je débarque dans un Stade de France bondé, sur Queens of the Stone Age, en fosse "pauvre". J’ai loupé Acid Bath pour privilégier mon hydratation, réalisée à l’aide d’un verre floqué "System of a Down", vendu 12€ avec de la Heineken dedans. Oui. Mais c'était ça ou le PEL au merch.
Je connais deux sons de Queens of the Stone Age : "Go With The Flow" et "No One Knows". La bonne nouvelle, c’est que je vais les reconnaître instantanément quand ils seront joués. Signe que le son n’est pas aussi mauvais que d’habitude (Metallica 2012 gravé à jamais dans nos âmes pour de mauvaises raisons). Et la fosse bouge déjà pas mal ! Ça sautille gentillement mais ça sent la bonne ambiance à des kilomètres et l’envie de faire la fête.
La demi-heure d’attente passe très vite puis pof : Daron débarque sur scène pour jouer "Soldier Side", version intro de Mezmerize. Il est suivi du reste de la troupe petit à petit. Et déjà, ça chante à tue-tête. L’écho du Stade de France vient ajouter une couche supplémentaire à nos voix et tout ça s’entremêle gentillement dans les airs. C’est le calme avant la tempête. Je le sais. Enchaînement sur "B.YO.B" et la fosse se déchaîne instantanément. J’ai trouvé le pogo, s’agirait d’y rester. "LALALALALALA OUHOUH" ! Et puis ces passages post refrain complètement apocalyptiques...
Ok après l’échauffement vocal de "Soldier Side", c’était l’échauffement musculaire, en fractionné. Oui puis aller, enchaînons sur "Suite-Pee" tant qu'à faire. En fait, c’est simple, je vais te mettre la setlist pour que tu comprennes ce qu’il s’est passé :
1. Soldier Side - Intro
2. B.Y.O.B.
3. Suite-Pee
4. Chic 'N' Stu
5. Prison Song
6. Aerials
7. I-E-A-I-A-I-O
8. Innervision
9. Darts
10. Genocidal Humanoidz
11. Needles
12. Deer Dance
13. Radio/Video
14. Dreaming
15. Hypnotize
16. ATWA
17. Bounce
18. Suggestions
19. Psycho
20. Chop Suey!
21. Lonely Day
22. Lost in Hollywood
23. Streamline
24. Spiders
25. Forest
26. DAM
27. War?
28. Roulette
29. Toxicity
30. Sugar
Voilà. Du Toxicity en majorité (10) suivi par du System of a Down (6), du Steal This Album (5), du Mezmerize (4), Hypnotize (3), le single "Genocidal Humanoidz" et la grosse surprise c’était "DAM", extrait de leur démo sortie en 1995. Tu les vois les petits enchaînements démoniaques ? "Psycho" - "Chop Suey!" / "Needles" - "Deer Dance" ? Et puis ce final… "Toxicity" - "Sugar". Le dosage de cette setlist est parfait. Et tu n’imagines pas à quel point "Aerials" a été accueilli avec soulagement. On était peu, je pense, à savoir ce qui allait se passer mais beaucoup à avoir prié pour ce qu'il s'est passé.
30 sons, deux heures, sans pause. Aucune. Des phrases glissées entre deux sons mais rien de plus. Parce que si tu crois que les morceaux "doux" on les a passés à admirer le plateau : tu te trompes. Soit la fosse était en circle pit lent, soit en train d'accompagner Serj ou Daron, au chant, avec toutes nos tripes. Sur scène, le quatuor est en très grande forme et a pour but de déchaîner le public. Shavo et Daron évidemment toujours d’un côté et de l’autre à se déchancher, Serj souriant et John qui… John.
Côté scéno : deux écrans géants sur les côtés qui diffusaient le concert et un écran dans le fond où passaient des visuels sur lesquels je n’ai pas vraiment eu l’occasion de prêter attention. En haut de la scène, des espèces de pans en toile que tout le monde utilise en ce moment pour donner des effets de répétitions visuelles. Y’avait absolument rien de plus. Et en vrai : on attendait rien. Tout ce qu’on voulait, c’était voir SOAD. En 2011, c’était pareil, le seul "effet" qu’on avait eu c’était un rideau énorme qui avait servi à faire monter la tension en lançant "Prison Song" (la mémoire musculaire fait que je n’oublierai jamais l’ouverture de ce concert). Puis en 2013, Rock en Seine, deux écrans. Basta. Pas de pyro, pas de gros effets de lumières, pas de fioritures.

Crédits photos : Deamaefr x Stade de France
Un concert brut et deux heures qui sont passées en 10 minutes dans une fosse exceptionnelle. On a passé deux heures en apnée, à courir, chanter, pousser, se faire pousser, relever des gens, suer, se dessaper, lancer des chaussures en espérant qu’elles retrouvent leurs propriétaires, lever les bras au ciel pour chanter plus fort… Quand je te dis chanter, c’est chanter. Vraiment. Sans louper aucune parole. Avec les chœurs et tout. Qu’est ce que j’ai ri sur "Chic’n’Stu".
On était tous des personnages principaux dans cette histoire, à rentabiliser les heures passées devant nos miroirs dans nos chambres d’ado, dans nos caisses, dans nos têtes et on avait juste envie de partager ça. Ce truc qu’on a encore en commun et qui continue de nous faire vibrer dans un monde qu’on comprend de moins en moins. SOAD c’est aussi la nostalgie d’une époque, celle des albums qu’on s’échangeait avec les potes au collège, des lecteurs CD trop gros pour entrer dans nos poches, et c’est aussi, peut-être, nos premières prises de consciences politiques.
Et puis cet écho des gradins… J’ai vraiment pris le temps de jeter un œil et une oreille à tout ça sur l’enchaînement "Lonely Day" et "Lost in Hollywood", à vraiment me retourner depuis la fosse et à regarder les gradins, cette arène immense illuminée via les lampes des smartphones. Est-ce que j’ai chialé ? Oui. Est-ce que j’ai eu le temps d’essuyer mes larmes ? Non. Parce que même sur "Lost in Hollywood", on était déjà en train de préparer le prochain wall of death.
Les circle pit de la fosse "pauvre" ont d’ailleurs fini par fusionner sur le final "Sugar" - "Toxicity", largement encouragés par Daron et son "keep up spinning around, go go round and round". Tu vois la réaction du poisson qui veut traverser alors que Moïse fait son taff sur la mer Rouge ? Ben la même. Ça a créé un mastodonte qu’on arrivait même plus à maîtriser. Le concert s’est terminé sur cet enchaînement mortel, sous une pluie de hurlements et d’applaudissements. Le groupe a quitté la scène. Sans rappel.
Enfin côté son : comme teasé par les premières parties, c’était définitivement pas mauvais ! Ouais c’était pas exceptionnel mais c’était tout à fait correct. On reconnaissait les morceaux dès qu’ils se lancaient, il n’y avait pas d’instrument ou de voix plus haute que l’autre… On entendait clairement les phases où Daron venait meubler avec sa guitare et avec sa voix. Côté Serj, moi qui l’avais trouvé un peu faible en 2013, il était comme un poisson dans l’eau.
Pour résumer : est-ce que c’était le concert de l’année ? Je ne pensais pas pouvoir dire ça d’un concert au Stade de France mais oui, jusqu’ici, c’est mon concert de l’année. Le chemin du retour, tout autour du Stade de France, n'a fait qu'ajouter une couche supplémentaire au bonheur ressenti sur ces deux heures, en compagnie du public qui continuait de chanter "Toxicity", "Aerials", "Forest", "Lonely Day"… en chœurs. Partout. Y’avait une telle harmonie, une telle complicité entre "nous" que je sors presque d’un rêve éveillé. Je ne sais pas si c’est l’effet de la saison des festivals ou de la Coupe du Monde mais je crois pouvoir l’affirmer, couverte de bleus, pleine de courbatures et enrouée : ce concert, il avait une âme.
