
Avocat le jour, rédacteur sur Horns Up la nuit et photographe à mes heures perdues.
Porté par des prestations live solides, Bleed From Within est depuis quelques années la valeur montante de la scène metalcore moderne. Scène décriée s’il en est, mais qui continue de séduire, à grand renfort de productions massives. En dépit d’une concurrence quasi infinie, les Ecossais ont réussi à tirer leur épingle du jeu avec un trio d’albums salué par la critique : Era, Fracture et surtout Shrine. La recette ? Un metalcore qui repose sur un jeu de guitare plus technique qu’à l’accoutumée, une certaine simplicité dans les structurations des chansons et une vibe old school assumée avec des influences évidentes d’illustres aînés (Chimaira en tête). De quoi ravir un large spectre de public, du core kids au fan de death metal mélodique. Alors forcément, le nouvel opus de Bleed From Within était largement attendu ; d’autant plus après avoir fait grandir son nom en participant à moult festivals ces derniers étés et en ayant même pu bénéficier de l’exposition majuscule que fut la première partie de la tournée anniversaire de l’album homonyme de Slipknot.
Dès la première écoute, Zenith s’avère être exactement là où on l’attendait : une production aux petits oignons, un son de guitare qui continue de me ravir, des leads et soli omniprésents et ce duo de chant entre Scott Kennedy et le guitariste Steven Jones qui fonctionne toujours aussi bien. Côté guitare, je suis toujours aussi impressionné. Les riffs de « Immortal Desire » ou bien encore « Zenith » sont d’immenses réussites ; le groupe maitrise toujours autant l'alternance entre passages rapides, groovy et mélodiques. « In Place of Your Halo » en est également un exemple parfait en se plaçant dans la droite lignée des excellents titres qui ont fait la réputation du groupe. Sans atteindre l’hyper technicité – parfois poussée à l’absurde – de groupes comme Within the Ruins, Bleed From Within apporte un soin particulier au traitement des six-cordes. A noter, également, une nouvelle prestation exceptionnelle du maître à penser de ce groupe, le batteur Ali Richardson. Déjà excellent avec son autre groupe, Sylosis, il délivre dans ce Zenith une prestation particulièrement juste.
Là où j’ai été surpris, c’est que le groupe a pris quelques risques sur cet album. On connaît la tendance des groupes de metalcore moderne à suivre un mouvement de fond et à éviter de trop se mouiller. Ici, Bleed From Within a pris le parti de tenter de nouvelles choses sur certains titres. Je pense à la très mélodique « Immortal Desire » avec Brann Dailor (Mastodon) en featuring ; à l’ajout de cornemuses sur « In Place of Your Halo », en guise de clin d’œil à leur terre natale ; aux choeurs sur « Known by no Name » ou bien encore à l’excellente « Edge of Infinity » qui vient clore cet album. A mon sens, ce qui sépare les bons groupes de metalcore modernes des plus quelconques, c’est précisément cette propension à garder cette recette qui fonctionne en y apportant une personnalité, une touche qui leur est propre. Chimaira, qui est une influence évidente du groupe sur certaines parties rythmiques (surtout sur cet album), avait précisément emprunté ce chemin en tenant de nouvelles choses dans ses derniers albums, comme en témoigne la progressive et exceptionnelle « Lazarus » sur l’album éponyme. Après plusieurs albums de qualité, Bleed From Within a enfin franchi le pas en amorçant une voie moins linéaire.
Alors certes, tout n’est pas parfait. Dans une interview récente, Courtney LaPlante (Spiritbox) évoquait le son trop lisse, trop uniformisé de la scène – tout en sortant un dernier album rentrant parfaitement dans cette veine –, et clairement ce Zenith suit également ce schéma. C'est le jeu de la concurrence. A titre personnel, j’adore les sonorités et la production de cet album, comme du reste des derniers albums de Bleed From Within. Reste que cela risque également d’être un point qui pourrait laisser sur le carreau ceux qui se lassent d’une production aussi cristalline. Aussi, l'album est assez hétérogène, avec d'excellents titres et d'autres qui parviennent plus difficilement à me convaincre (notamment la très faible « Dying Sun » et la cliché « Known by no Name ») ; toutes les prises de risque ne sont pas des réussites.
Au final, il serait d’une particulière mauvaise foi de considérer que Bleed From Within n’a pas transformé l’essai. Le groupe démarre une nouvelle ère de sa carrière avec un album puissant, mélodique et dynamique. A son image, en réalité. Espérons simplement que le groupe continuera son chemin en explorant encore plus. On sait qu’ils ont le talent pour et que la scène en a grandement besoin.
Tracklist :
Violent Nature
In Place of your Halo
Zenith
God Complex
A Hope in Hell
Dyhing Sun
Immortal Desire
Chained to Hate
Known by no Name
Hands of Sin
Edge of Infinity