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Live Report

Blood Incantation + Gong @ Toulouse

Concert du 07 juillet 2026

Toulouse — Interference

15 oct. 2026 - Par Sleap

S’il y a dix ans on m’avait dit que le légendaire groupe de rock progressif Gong ferait la première partie des tout jeunes Blood Incantation, j’aurais très certainement ri aux éclats. D’une part car le mythique combo de Canterbury était à l’époque bien plus populaire que ces derniers, et d’autre part car le petit groupe de death américain n’avait encore que de très rares liens avec la scène progressive 70s. Mais beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis 2017 et son concert au Klub avec Cruciamentum devant même pas 300 personnes (live report ici). Blood Incantation est maintenant devenu un groupe de premier plan dans la scène death metal mondiale, et ce grâce à la sortie d’Absolute Elsewhere dont le soudain pic de popularité en 2024 demeure encore aujourd’hui un mystère. Et c’est justement ce troisième album qui sera interprété ce soir en intégralité. Mais commençons par le commencement…

Je n’avais pas mis les pieds à Toulouse depuis le concert de Suffocation et Sanguisugabogg il y a plus de deux ans au Rex (live report ici). Une excellente soirée signée Noiser qui, justement, organise aussi le show de ce soir. Il faut dire que cette asso’ est une véritable institution dans la ville rose. Sévissant depuis une quinzaine d’années, Noiser est aujourd’hui l’orga’ la plus importante de la région en matière de concerts metal. Et après de nombreuses dates au Connexion, au Metronum, ou même au Bikini, c’est maintenant à Interference que les tauliers s’attaquent. Ouvert il y a à peine un an, ce nouveau lieu se situe en périphérie de Toulouse mais reste néanmoins accessible. Il s’agit d’un complexe évènementiel comprenant une grande salle type SMAC d’environ 1000 places et des infrastructures dernier cri, promettant des conditions sonores et visuelles idéales. Et cela va ne va pas tarder à se confirmer… 

 

Gong

Emmené depuis plus de dix ans (dans sa mouture actuelle) par Kavus Torabi, le quintet de Canterbury entame son set à vingt heures pile. Je découvre alors en direct les titres du nouvel album paru en mars dernier. En effet, je n’ai pas encore jeté d’oreille sur ce dernier disque, tout comme les précédents je le confesse… Il faut dire qu’au fil de ses soixante ans de carrière (!), Gong n’a cessé de changer de line up, à tel point qu’il ne subsiste plus aucun membre original depuis la mort du leader Daevid Allen en 2015. Ainsi, même si j’apprécie les voir en live, je n’écoute quasiment que les albums des 70s et très peu les nouveautés. Bien mal m’en a pris ! La grande majorité des titres joués ce soir sont issus des quatre albums post-Daevid Allen (tous parus entre 2016 et 2026), et je dois avouer qu’ils sonnent pour la plupart assez bien en live. 

Les envolées orientalisantes de « Dream of Mine » font mouche dès l’ouverture, en particulier celles du saxophoniste. Et mis à part celui-ci, les quatre autres musiciens sont tous également vocalistes ! Cela permet de magnifiques polyphonies, notamment sur le catchy « My Guitar is a Spaceship ». Mention spéciale au jeu de toms du batteur, qui assure en plus un certain nombre de parties de chant fort maitrisées. D’autre part, le jeu de lights multicolores est parfaitement adapté à l’univers psychédélique de Gong, en particulier sur les longues plages électro-progressives de « The Wonderment ». Dommage qu’elles soient, pour la plupart, samplées et non pas jouées en direct. 

Je déplore également l’absence quasi-totale de titres de la grande époque 70s, mais nous avons heureusement droit à l’iconique « Master Builder » en fin de set. Avec son espèce de mantra mystique scandé en boucle jusqu’à la quasi-transe, ce morceau constitue sans nul doute le point d’orgue du show. J’aurais espéré un peu plus de vieux classiques, notamment de ce même album (You) qui reste à mon sens ce que Gong a pondu de meilleur, mais je pinaille. Même si le type de public visé n’est pas forcément le même que pour la tête d’affiche – il n’y a qu’à voir le nombre de cheveux grisonnants qui quittent les lieux ensuite –, je trouve ce line up finalement assez cohérent. De plus, les Anglais ont droit à une heure quinze de show, un temps de set quasiment équivalent à celui des Américains à venir…

 

Blood Incantation

C’est après une vingtaine de minutes de battement que le quatuor quintet de Denver foule pour la première fois les planches toulousaines. Et depuis mon dernier concert du groupe il y a quatre ans, un nouveau venu a fait son apparition sur un promontoire à l’arrière-gauche : John Gamiño. En symétrie avec la batterie à l’arrière-droite, il s’occupe des multiples parties de synthés ainsi que des diverses plages électro-ambient qui constituent aujourd’hui une grande partie de la musique de Blood Incantation. Les ponts entre leur style actuel et la scène progressive 70s (krautrock en particulier) sont aujourd’hui nombreux, d’où le partage de l’affiche avec Gong. D’ailleurs, le leader Paul Riedl ne cessera de les remercier tout au long du show, allant même jusqu’à nous dire d’applaudir « l’un des groupes les plus importants de l’histoire de l’univers ». À cette occasion, deux gongs symphoniques Paiste sont justement frappés pour leur rendre hommage : l’un derrière le batteur, l’autre derrière les claviers. En plus de l’immense backdrop sur toute la largeur de l’arrière-scène, le tout est encadré par deux grands obélisques dont les gravures cyclopéennes s’illuminent de rouge. Un véritable show hollywoodien, bien loin des petits concerts en club d’il y a dix ans !

Bien que je figure plutôt parmi les puristes de la première heure, je suis néanmoins très curieux d’entendre la totalité du dernier album sur scène. Ce n’est clairement pas mon favori mais il est indéniable que c’est le disque le plus abouti, tant en termes de compos qu’en termes de production. Et après plus d’un an à l’exécuter en entier sur scène, la machine est on ne peut plus rodée. Les trois mouvements de la face A (« The Stargate ») s’enchainent avec une fluidité déconcertante, que ce soient les parties purement death metal ou les passages plus éthérés et progressifs. Il est d’ailleurs important de noter que, contrairement à bien d’autres groupes, Blood Incantation met un point d’honneur à interpréter chaque élément rythmique ou mélodique. Des nappes électro aériennes de la partie 1 jusqu’aux roulements de percu’ orientales de la partie 3, tout est joué en direct sans aucun sample. Et il en est de même pour la face B (« The Message ») et son fameux passage Floydien. 

Même si Paul et sa bande sont plus enclin qu’auparavant à headbanguer et à arpenter la scène de long en large, ils conservent cependant cette sobriété de communication qui leur sied tant. Peu d’adresses au public en dehors de la pause face A/face B et du rappel. C’est à cette occasion que le frontman nous apprend que la tour manager actuelle de Blood Incantation vit justement à Toulouse, rendant le show de ce soir tout particulier pour eux. En plus d’un titre du dernier single, nous avons droit à l’iconique « Giza PowerPlant » et son pont central que n’aurait pas renié le Nile des grandes heures. Mais comme d’habitude, c’est le très MorbidAngelien « Vitrification of Blood » qui garde ma préférence. Une fin de set parfaite qui place d’emblée ce concert comme l’un des meilleurs de l’année. Même si je préfère toujours leur monstrueux show en tête d’affiche du KillTown 2018 (live report ici), je dois avouer que cette nouvelle formule est exceptionnelle de maitrise. Des musiciens soudés qui se connaissent par cœur, un album qu’ils maitrisent sur le bout des doigts et une production digne d’un blockbuster ! J’entends déjà les tristes sires regretter la période démos, mais pour ma part je suis toujours heureux de voir percer un groupe que je suis depuis le tout début. Réjouissons-nous du succès de Blood Incantation car rares sont les groupes underground de cette qualité à parvenir jusqu’aux oreilles d’un aussi large public… Bravo à tous, et encore merci à Noiser pour cette soirée !