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Motocultor 2026 - Jeudi & Vendredi

Du 13/08/2026 au 16/08/2026

Carhaix — Site de Kerampuilh

20 oct. 2026 - Par Team Horns Up

La 17ème édition du Motocultor a ouvert ses portes le 13 août dernier à Carhaix, sous un soleil de plomb (une nouvelle tradition même en Centre-Bretagne) et dans une atmosphère poussiéreuse, comme d'accoutumée. Un événement avec la venue des "metal gods" Judas Priest dont le festival peut s'enorgueillir pour terminer sur le plus gros dimanche de son histoire et comptabiliser 61 000 entrées. Au-delà des têtes d'affiche, la diversité de la programmation est toujours appréciable pour faire cohabiter les groupes de niche, les scènes locales et les grands noms.

Côté camping : pas de gros changements à noter pour cette édition 2026 si ce n'est un entretien des installations sanitaires régulier et jusqu'en fin de fest (merci les bénévoles !), et un emplacement de choix offert au Macumba : entre l'entrée du fest et l'entrée du camping. C'était donc le véritable choix cornélien en fin de festival puisque le passage devant ce haut-lieu était obligatoire pour les propriétaires de tente. Le camping festivalier était plus vaste (on était moins les uns sur les autres), à l'inverse du camping VIP qui a vu son territoire grignoté devant le château de Kerampuilh par les tipis "Bed and Smile", une offre de luxe que le festival souhaite étendre.

Côté site du fest : on a retrouvé la tente couvrant la Bruce Dickinscène (exposée au soleil l'année dernière), un choix de bières plutôt vaste et différent sur chaque bar, sans oublier le bar à vin et le cidre. Ça péchait un peu sur la nourriture, en termes de rapport qualité/prix. L'espace VIP pourrait également être optimisé, car le grand vide aride devant les foodtrucks semblait les isoler et aurait pu servir autrement. Notons la fluidité des entrées et déplacements sur le site cette année, ainsi que la qualité des stands market avec des exposants qui avaient de quoi nous faire repartir avec de beaux objets-souvenirs.

Côté musique, ce qui nous intéresse le plus, la première journée a démarré aux alentours de 15h et s'annonçait déjà chargée avec plusieurs grosses têtes : Death Angel, Primus, Amenra ou encore Municipal Waste. Une journée à part entière plutôt qu'un warm-up. Épluchons les prestations marquantes sur quatre journées de marathon.

 

Jeudi : FauxX | Unearth | 200 Stab Wounds | Sanguisugabogg | Celkilt x Bagad de Quimper | Bloodbath | Amenra | Death Angel | Municipal Waste

Vendredi : Ice Sealed Eyes | Nawather | Gravity | Cage Fight | Hellripper | Iotunn | Textures | Coroner | Soen | Emperor | Paradise Lost | Master Boot Record | Alcest | Filth

Jour 1 - Jeudi 13 août

FauxX

Bruce Dickinscène

Simon : L'esprit de Nailbomb (de passage l'année dernière) se cache dans la musique indus du duo FauxX. Même sans fracas thrash, les Briochins bénéficient d'un puissant atout organique avec la batterie de Job Tronel (Tagada Jones) qui accompagne Joachim Blanchet, aux claviers et à la voix saturée, parfois robotique comme sur "Sun of Despair". Quand d'autres formations d'indus misent sur une boîte à rythme, FauxX prend tout le monde à revers. La dynamique est imparable sur des titres comme "Burnt Velvet Retinas" où Job ne tient pas en place, bataillant avec une cymbale mal fixée entre deux sales coups. Plus près de la scène, le batteur grimaçant se charge d'haranguer le public accablé par la chaleur caniculaire sous la tente, peu investi ni visiblement convaincu. Si le dernier album anteroom viscéral avait retenu mon attention par ses sonorités mécaniques noisy et ses synthés creepy, le concert manque du mordant que promettait ces titres acides. Difficile à mixer, le son crépite sur les premières minutes, la batterie est écrasée par la basse sans finition. Je ne retrouve pas l'ovni que j'imaginais découvrir. Un démarrage compliqué sous la Bruce Dickinscène.

[Crédit photo : Gaël Mathieu]

Setlist :

  • Dig
  • Sun of Despair
  • Latch On
  • Burnt Velvet Retinas
  • Demiurge Data
  • Hyperwar
  • Poison Life

Unearth

Dave Mustage

Jérôme : Pas simple d'ouvrir quatre jours de festival, et Unearth va jouer sa partition à la perfection. Les gens sont frais, les oreilles encore en bon état, la nuque pas encore trop raide, c'est pile le moment de se faire asséner un gros coup de metal moderne. Quelques tubes comme "My Will Be Done" ou encore "Black Hearts Now Reign" et un nouveau morceau, on ne pouvait pas demander un départ de fest plus carré. L'énergie est fantastique et la musique est clairement du no-brainer. Exactement ce dont on a besoin pour se mettre dans l'ambiance.

Setlist : (incomplète)

  • Black Hearts Now Reign
  • Incinerate
  • This Glorious Nightmare
  • Mother Betrayal
  • My Will Be Done

 

200 Stab Wounds

Supositor Stage

Simon : Un petit bout de death par-ci, de slam par-là, les Américains de 200 Stab Wounds ont terminé leur apprentissage dans la découpe depuis Slave to the Scalpel, sans rester dans la pastiche de leurs ainés bouchers. Leur set est étonnamment captivant par son hétérogénéité, dénouant les codes du style et sans faire bailler par ses révérences. Depuis son intro instrumentale lente jusqu'aux harmoniques old-school ("Skin Milk") et naturelles de "Pain of Conscience" en passant par les turpitudes de "Defiled Gestation", les équarisseurs de Cleveland démontrent la rugosité de leurs riffs avec une variété intarissable, intégrant de nouveaux titres. Le son lui-même mal affûté ne permet pas de bien distinguer les guitares au début, mais gagne en tranchant au fil du concert, passé à l'ombre de la console de notre côté pendant que la poussière s'élève du pit. Les guitares et le blast de "Ride the Flatline" atteignent un pic d'intensité dans leur tronçonnage impitoyable. L'après-midi death sanguinolant commence sur de bons rails, et on s'en lèche les doigts.

[Crédit photo : Ciruf]

 

Sanguisugabogg

Supositor Stage

Simon : Devoir choisir entre Pilori et Sanguisugabogg : une intention bien vilaine de la programmation du Motocultor. La prestation récente des Rouennais au Frozen Fest m'a facilité la tâche pour privilégier les Américains de Sanguisugabogg que je voyais pour la première fois et dont la sortie récente imposait le caractère immanquable. Hideous Aftermath a littéralement fait basculer le groupe dans la cour des grands pour passer aux choses sérieuses après leurs pitreries deathgrind gore déjà bien remarquées. En concert, la sangsue des chiottes n'oublie pas ses premiers amours et ne délaisse pas son répertoire antérieur ni son second degré. Les pédales HM-2 carburent à plein régime, et l'hommage du groupe à Bloodbath qui investira la scène après eux va de soi. "A Lesson in Savagery" culmine sur le set par sa batterie instoppable et le chant abyssal.

On ne compte plus le nombre de fois où Devin Swank présente la prochaine chanson pour dire qu'elle parle de tuer des gens. Quelques petites variantes : "Celle-là parle de faire du mobilier avec des gens." D'accord. Forcément, quand il supplie pour des slammeurs en disant "I need to see more bodies", on se dit qu'il aimerait voir des macchabés portés par la foule. À distance, mon kink est plutôt de voir des tornades de poussière à chaque circle pit, jusqu'au licencieux "Dead As Shit" qui termine une prestation fun derrière le charcutage apparent. Le phénomène Sanguisugabogg fait son effet sur le Motocultor.

[Crédit photo : Ciruf]

Setlist :

  • Rotted Entanglement
  • Feening for Bloodshed
  • Skin Cushion
  • Felony Abuse of a Corpse
  • Face Ripped Off
  • A Lesson in Savagery
  • Abhorrent Contraception
  • Dragged by a Truck
  • Dead as Shit

 

Celkilt x Bagad Ar Meilhou Glaz

Bruce Dickinscène

Simon : Mon lobbying breton porte ses fruits quand j'amène mon acolyte Storyteller voir le crossover entre le groupe de rock celtique et le bagad quimpérois du Moulin Vert dans cette journée où la Bruce Dickinscène met en avant les artistes bretons du terroir (Brieg Guerveno, le crossover Komodrag and the Mounodor, jusqu'au chanteur traditionnel Denez Prigent). Le simple son des cornemuses de l'ensemble de musique bretonne attire magnétiquement la foule et nous-mêmes. Le chant en anglais et le registre popisant du quintet gâchent l'effet souhaité. Lorsque le bagad se retire en milieu de concert (avant de revenir), on est moins charmé par les chansons soupeuses. Seule la gigue dynamique et la flûte irlandaise nous remettent un coup de boost par ses changements de rythmes. Le groupe lyonnais en kilt (avec son bassiste au corps huilé) tente l'initiation à la danse au petit doigt et quelques mouvements de sautillement à gauche à droite un peu artificiels, mais leur wall of death fonctionne bien, malgré l'intention initiale d'un wall of love avec des câlins à la place des bousculades. Après Alan Stivell et Henri Dès, le public du Motocultor est toujours réactif pour ces écarts festifs.

[Crédit photo : Gaël Mathieu]

 

Bloodbath

Supositor Stage

Simon : Retour au death metal dopé à l'old-school. Depuis mon dernier concert de Bloodbath (Hellfest 2010, cinquième représentation du groupe à l'époque), beaucoup de choses ont bougé chez le supergroupe suédois adorateur d'Entombed : Nick Holmes (Paradise Lost) a évidemment repris le micro d'Åkerfeldt (Opeth), les membres fondateurs issus de Katatonia Jonas Renkse et Anders Nyström se sont vraisemblablement embrouillés pour ne laisser que ce dernier à la tête du groupe… et à la guitare. Une formation en quatuor (comptant encore Martin Axenrot à la batterie et intégrant l'Avenger Joakim Antman à la basse) qui souffre évidemment du manque d'un deuxième guitariste. "Outnumbering the Day" sonne totalement vide sans le duo mélodique apocalyptique. Même tarif punitif sur "Brave New Hell", et aucun sample ne vient combler cette absence, possiblement par fidélité à la nature old-school du projet, jusqu'à l'absurde.

Holmes récupère aussi bien le chant caverneux d'Åkerfeldt mais aussi son humour british pince sans rire, introduisant "Brave New Hell" comme une balade acoustique. Le chanteur fait toutefois peine à voir, vissé à son micro sans aucune présence ni envie. Hormis ces lourds défauts, on se réjouit de réentendre ces si bons titres bien interprétés. "Breeding Death" et "Like Fire" sont toujours aussi jouissifs, et "Mock the Cross" ressort son poisseux hommage rampant à Morbid Angel. Bloodbath reste néanmoins le gros loupé de ce week-end, et nous interroge sur la prestation d'Holmes le lendemain avec Paradise Lost à l'affiche du vendredi.

[Crédit photo : Romain Ballez]

Setlist :

  • So You Die
  • Breeding Death
  • Carved
  • Like Fire
  • Outnumbering the Day
  • Putrefying Corpse
  • Cancer of the Soul
  • Brave New Hell
  • Mock the Cross
  • Fleischmann
  • Let the Stillborn Come to Me
  • Cry My Name
  • Eaten

 

Amenra

Massey Ferguscène

Aurélie Jungle : Amenra deux fois en deux semaines ? Apparemment je cherche à me faire du mal. Mais ce concert s'est avéré complètement différent de celui vu à l'Alcatraz. Il est tard, la nuit est bien tombée mais la soirée ne fait que commencer. Le public en est la preuve puisqu'il est complètement survolté en attendant Amenra. Ça gueule de partout, ça siffle, ça parle fort. Bref première soirée de festival : tu connais. Et cette ambiance, elle détonne un peu avec ce qui nous attend. Amenra c'est physique, c'est mental, c'est un rituel, c'est une messe. Y'a un mood qui ne respire pas la joie. "Si t'as pas envie de mourir en sortant c'est que c'était pas rentable". Le groupe débarque, sous les cris de la fosse, et attaque, sans un mot comme d'habitude, avec "Salve Mater". La branlée instantanée avec Colin qui hurle dès les premières secondes. Le son est fort. Très très fort. La basse est d'une violence absolue, elle nous écrase la cage thoracique. Les tympans deviennent des raisins secs et les yeux sont presques aveuglés par la scéno en noir et blanc et ses coups de strobo de temps à autre.

Et tout ça, ça ne suffit pas à éteindre la fosse. Le concert est ultra bruyant. Ça siffle en fin de morceau, ça reprend des conversations random (et je suis devant)... Compliqué de s'immerger dans le set mais on enchaîne avec un "Razoreater" massif sous les acclamations de la foule. Rien n'y fait et les parties quasi silencieuses de "Razoreater" et "Plus près de toi" se retrouvent un peu polluées. Le groupe n'en démord pas et vraiment le son devient de plus en plus lourd, on se fait rouler dessus sur "De Evenmens". Le public se fait éteindre. Littéralement. Le silence est presque assourdissant quand se lance ensuite le tube "A Solitary Reign". Salves d'applaudissements presque intarissables pour embrayer sur le sombre et sinistre ".Terziele.Tottedood" avec un Colin qui semble plus possédé que jamais. L'impression qu'il fait un effort supplémentaire pour se recentrer. Le réveil qui suit est brutal : ".Am Kreuz.". Le moment de contemplation fût de courte durée puisque le public accompagne le guitariste sur le pont en tapant des mains en rythme. 

Ça change du live à l'Alcatraz où la fosse était dans une transe complètement muette avec une tension absolument palpable. Le final se fait sur "Diaken" où le public est à nouveau ultra bruyant sur le break.  Le set se conclut sous une salve d'applaudissements et le groupe quitte la scène sans un mot, nous laissant avec une phrase en fond : "Peu à peu ces fleurs tomberont, il ne restera que les épines". Y'a pas de mode d'emploi pour aller voir Amenra mais les réactions du public contrastaient complètement avec les émotions que sont censées procurer un tel live. C'était évidemment très bien mais je suis passée à côté de la catharsis recherchée. 

[Crédit photo : Mad'moiselle Chat]

 

Death Angel

Supositor Stage

Simon : Seuls représentants du thrash de la Bay Area sur cette édition du Motocultor après Forbidden, Dark Angel et Kerry King en 2025, les Californiens ont fait mieux que leurs ainés avec ce qui reste comme une des prestations les plus solides du fest selon moi, et un très bon moment dans le pit. Il n'a pas fallu longtemps pour que celui-ci se déchaîne. "The Moth" met le feu aux poudres d'entrée avec Rob Cavestany en duo au chant sur le refrain avec l'impeccable Mark Osegueda en grand forme. Par chance, la setlist se focalise sur l'excellent The Evil Divide plutôt que sur Act III que Death Angel a étonnamment choisi d'interpréter dans son intégralité sur les récentes dates américaines avant les tournées estivales européennes. La seule chute est le plus traditionnel "Seemingly Endless Time" taillé pour remuer les concerts.

Sans nouvel album depuis Humanicide qui remonte déjà à 2019, Death Angel continue de composer et livre sur ce concert le single "Cult of the Used" déjà rompu à l'exercice scénique. Bien rétabli depuis son coma des suites de complications du COVID en 2020, Will Carroll forme avec Damien Sisson une section rythmique redoutable pour laisser les guitaristes Cavestany et Aguilar nous cisailler. Osegueda dose davantage ses interventions entre les chansons par rapport à l'année dernière avec Kerry King, même si le bonhomme m'agace dès qu'il demande "Do you understand me?". Tout est pardonné sur le mid-tempo mélodique "Lost" où le chanteur est impérial, avant de brutaliser les circle pits sur "Evil Priest" et de créer un wall of death bestial sur "Thrown to the Wolves" pour finir un concert parfait.

[Crédit photo : Gaël Mathieu]

Setlist :

  • The Moth
  • The Dream Calls for Blood
  • Cult of the Used
  • Seemingly Endless Time
  • Father of Lies
  • Let the Pieces Fall
  • Claws in So Deep
  • Lost
  • Evil Priest
  • Thrown to the Wolves

 

Primus

Dave Mustage

Simon : Étonnamment absente des circuits européens depuis 2017 où je les avais vus au Hellfest, la bande de Les Claypool revient en France au Motocultor pour remonter son cirque, écarquiller les yeux des festivaliers et déhancher les adeptes de l'univers surréaliste et absurde de Primus. Paradoxalement ou non, le trio est ultra carré pour interpréter le chaos déjanté de leur musique, à la rencontre entre le jazz et les gamineries nerd de South Park dont ils ont écrit le générique et dont on reconnait la voix nasillarde haut perchée proche du spoken word. La masterclass de basse tabasse ce soir, avec un son absolument brillant qui fout une sacrée claque.

Il est toujours amusant de voir Claypool bouger en cercle entre chaque riff de "Those Damned Blue-Collar Tweekers". Le groupe en met plein les yeux sur "Groundhog's Day" et le nouveau titre "The Ol' Grizz" avec ses changements brusques pour balancer des gros slaps funky par-dessus la guitare déstructurée de Larry Lalonde. Le nouveau batteur John Hoffman s'intègre naturellement en remplacement de l'historique Tim "Herb" Alexander. Parmi les classiques "Mr. Krinkle" qui sort la contrebasse, "John the Fisherman" ou "My Name Is Mud", le groupe accueille sur scène Mark Osegueda qui vient de terminer son show avec Death Angel pour reprendre "Holy Diver", également sur l'EP A Handful of Nuggs qu'a sorti Primus en juillet. Osegueda incarne la voix de Dio à merveille et donne plus de fraîcheur à cette setlist. La seule contrariété au concert reste le final abrupt après le délicieusement bordélique "Jerry Was A Race Car Driver" laissant croire à un rappel. Pas de "Tommy The Cat" ni de "Wynona's Big Brown Beaver". C'est bien connu, Primus sucks !

[Crédit photo : Ciruf]

Setlist :

  • Those Damned Blue-Collar Tweekers
  • Here Come the Bastards
  • Groundhog's Day
  • The Ol' Grizz
  • Too Many Puppies
  • Seas of Cheese
  • Mr. Krinkle
  • John the Fisherman
  • Holy Diver
  • Welcome to This World
  • My Name Is Mud

 

Municipal Waste

Supositor Stage

Simon : La fête continue avec une dose immodérée de thrash coké par la bande de sales gosses menée par Tony Tempesta et Ryan Waste. Timing parfait pour rester éveillé, car après les enchaînements de titres de deux minutes, vous trouverez autant de sommeil qu'avec une canette de Monster. Les joyeux drilles de Richmond n'ont pas mis d'eau dans leur bière, le débit mitraillette reste de rigueur pour nous shooter aux riffs en lames de rasoir. L'infatigable Tempesta chargé au max ne nous laisse une seconde de répit que pour un hommage à Lou Koller (Sick of It All) et Tompa Lindberg (At The Gates) et un message de respect et de tolérance avant "The Act of Partying". Que reste-t-il à nos cerveaux en bouillie après "Born to Party" ? "Municipal Waste is gonna fuck you up!" Mission accomplie.

[Crédit photo : Ciruf]

***

Jour 2 - Vendredi 14 août

 

Ice Sealed Eyes

Dave Mustage

Aurélie Jungle : "C'est du metalcore, tu vas voir c'est bien !" - il n'en faut généralement pas plus pour ne pas me convaincre. De mon point de vue, ces deux morceaux de phrases ne vont généralement pas ensemble. Mais laissons-nous porter par le vent et la poussière. Les Belges de Ice Sealed Eyes ouvrent cette seconde journée sur la Dave Mustage et le public est bien au rendez-vous. Finalement c'est une surprise, une très bonne surprise. Musicalement, c'est beaucoup moins prévisible qu'un metalcore "classique". Les gros breaks lourds ne sont, pour la plupart, pas anticipables, le chant clair est bien amené, et bien exécuté et on sent vraiment l'émotion que le frontman essaie de faire passer, pour ensuite enchaîner sur quelque chose de plus pressant, énervé.

Y'a presque un côté metal progressif dans cette histoire tant les textures sont nombreuses, voire complexes avec ce côté dark dopé par quelques samples électroniques. Le public s'épaissit et semble conquis. Le quatuor aussi et il n'hésite pas à nous rappeler à plusieurs reprises à quel point ils sont heureux d'être là, le tout pour finir par nous rappeler de "bien voter en 2027 [...] même si on est Belges, y'a des trucs qu'on veut pas voir passer chez nos voisins." Enfin, après quelques recherches post-concert, y'a eu erreur sur la marchandise : c'est pas du metalcore, c'est du newcore. Croyez-moi, la nuance est importante. 

[Crédit photo : Mad'moiselle Chat]

 

Nawather

Bruce Dickinscène

Simon : La voix enchanteresse de Ryma Nakkach et son contraste avec le chant guttural de Raouf Jelassi m'ont attiré sous la tente pour découvrir le prog metal oriental des Tunisien.nes de Nawather. Le souvenir de Myrath n'est jamais loin, surtout avec le batteur Saif Louhibi en commun, toujours prêt à amuser la galerie avec un solo de batterie ou pour tourner les baguettes. Le duo de chant est ce qui démarque Nawather, avec la chanteuse pop à l'aura de diva, au costume et à la voix magnifiques. Si le growl de son acolyte Jelassi est impeccable, le frontman reste peu à l'aise quand il ne chante pas, mais fait des efforts pour animer la foule déjà bien rassemblée ce midi. Le duo nous emporte alternant les paroles en anglais et en arabe, et la chaleur de la semaine renforce l'immersion dans un souffle saharien.

Le batteur rappelle dans ses remerciements les difficultés d'un groupe tunisien à jouer en Europe, et cela n'est peut-être pas étranger à l'absence de Chaima Bida pour jouer le qanun, cithare arabe sur table, remplacé par des samples comme d'autres instruments traditionnels. Après les riffs de "Falling Down The Slope" et d'"Immortal Greed", le groupe termine dans une chevauchée épique à l'orchestration prenante sur "Kings Cards" en immortalisant l'événement par une photo mettant côte à côte le drapeau tunisien et le Gwenn ha du breton.

Setlist :

  • Treasure Chest
  • Falleg
  • Daret Layyem
  • Khatwa
  • Falling Down The Slope
  • Breath of Jasmin
  • Immortal Greed
  • Kings Cards

 

Gravity

Massey Ferguscène

Simon : La découverte continue. Les plateformes à l'avant de la scène, les fumées et la lourdeur d'entrée donnent déjà la couleur du metalcore. Certes, oui… mais je ne suis pas au bout de mes surprises. Passés deux titres rentre-dedans aux riffs inspirés du djent et de Gojira, "Oneiroi" change la donne par ses phases atmosphériques et trouve son équilibre suspendu entre gravité et apesanteur. Le titre tiré de l'EP Rupture donne d'un coup une tout autre dimension à ce que propose le groupe montpellierain. Véritable scream queen en salopette, Emily Nox est irréprochable au growl comme au chant clair avec une précision lyrique sur des passages empruntant à l'opéra sans grandiose boursouflure. Sa performance couplée à sa présence pousse le public à lui obéir au doigt et à l'œil : même si tôt, elle n'a pas à négocier longtemps pour que la foule exécute le wall of death et le circle pit massifs à sa simple demande. Respect. Une prestance qui ne me fait pas ciller lorsque les membres restent statiques pendant un riff en tunnel tesseractesque où la chanteuse garde les mains dans le dos en toisant le public.

[Crédit photo : Romain Ballez]

Setlist :

  • Titans
  • La Morsure
  • Oneiroi
  • De l'homme au loup
  • Noir
  • Exuvies
  • L'Or

 

Cage Fight

Dave Mustage

Simon : Dans la lignée de frontwomen puissantes, je demande Rachel Aspe. La transition est d'autant plus fluide que la française apparaît sur le dernier EP de Gravity. Formation metalcore londonienne comptant le guitariste James Monteith (Tesseract) qu'on n'imaginait pas s'encanailler dans le hardcore, Cage Fight va au contact et règle ses comptes. Les riffs de "The Hammer Crush" font l'effet d'une tornade. Les growls et les squeals trouvent logiquement leur place sur le brûlot "Pig" renvoyant un miroir hideux aux harceleurs en ligne. Le groupe cale même le riff du break d'"Angel of Death" de Slayer pour le plaisir. Pas d'intervention de Julien Truchant (Benighted) sur "Pick Your Fighter", lui qui s'était immiscé sur d'autres shows du Motocultor l'année dernière. Impressionnante avec ses lunettes homologuée pour l'éclipse solaire, Rachel Aspe maîtrise la scène comme son chant affirmé. Il n'y a pas que Candace Buckingham pour chercher la bagarre.

[Crédit photo : Ciruf]

 

Hellripper

Dave Mustage

Simon : Avant de jouer la moindre note, James McBain réclame déjà un pogo. Un nuage de poussière nous indique qu'il a obtenu gain de cause, il n'y a pas de fumée sans pit. Rien de mieux que du speed goat n' roll à la dose Venom ultra-caféinée pour réveiller les esprits. Le rythme ne faiblit jamais, avec une exécution mitraillette qui transforme parfois le son des guitares en bouillie.

"The Affair of the Poisons" est même accélérée sur son intro et son break comme s'il fallait bourrer le set au plus vite. Son riff supersonique donne lieu à un wall of death spectaculaire. Autre extrait de l'album de 2020 (mon préféré), "The Hanging Tree" régale tout autant et livre des solos enflammés. Le dernier disque Coronach sorti en mars dernier est évidemment bien représenté, de "Kinchyle" à "Mortercheyn". Toujours dans le folklore écossais, "The Nuckelavee", seul représentant du disque précédent, nous emmène frénétiquement dans la ronde.

McBain lui-même ne tient pas en place quand il ne chante pas, tournoyant et sautant comme un cabri avec sa fougue juvénile. Bien loquace, le leader avoue cuire sous le soleil tapant, aussi accablant que la batterie : "Vous, vous êtes habitués, mais moi, je viens d'Écosse." Calme-toi, James. On est en Bretagne, pas en Andalousie, tout le monde souffre. Excessif, Hellripper fait tout flamber. Je les attendais fort, et je n'ai pas été déçu.

Setlist :

  • All Hail the Goat
  • Kinchyle (Goatkraft and Granite)
  • Hell's Rock 'n' Roll
  • Black Arts & Alchemy
  • Hunderprest
  • The Affair of the Poisons
  • The Hanging Tree
  • Mortercheyn
  • The Nuckelavee
  • Bastard of Hades

 

Iotunn

Massey Ferguscène

Simon : On reconnaît un groupe de metal prog quand il case seulement quatre titres dans son set. Iotunn nous embarque dans leur épopée spatiale avec ses pistes mélodiques atteignant jusqu'à 15 minutes. Dans cette catégorie, "Kinship Elegiac" déroule son récit linéaire culminant sur le final "You left me" poignant. Caché sous sa capuche à la Ezio Auditore, Jón Aldará révèle un chant clair intense. Il manque juste du relief à ces morceaux étendus pour pleinement nous faire décoller. Au-delà de sa très belle intro, "The Anguished Ethereal" reste bloqué sur un plateau émotionnel. Très client du premier album Access All Words, ce sont plutôt ces morceaux que j'attendais, et même "The Tower of Cosmic Nihility" épuise la magie que promettait le groupe dans sa performance. Pas le coup de cœur attendu, et c'est bien dommage.

[Crédit photo : Romain Ballez]

Setlist :

  • Mistland
  • Kinship Elegiac
  • The Anguished Ethereal
  • The Tower of Cosmic Nihility

 

Textures

Massey Ferguscène

Jérôme : 14 ans séparent les deux passages de Textures au Motocultor. Après un hiatus de 2017 à 2024, et forts d'un nouvel album paru au début de l'année, les Néerlandais reviennent forts de leur expérience accumulée et d'une nouvelle énergie avec beaucoup de choses à prouver. Car leur style de prog n'est plus autant dans l'air du temps et leur set va trancher avec le reste de la journée. Pour le meilleur. Une vraie respiration. Et le tout avec une énergie qui va être symbolisée par le sourire et la complicité des musiciens. On a l'impression d'un groupe de gamins qui se retrouvent à la rentrée avec le plus grand plaisir. Communicatif. Quant à la setlist, elle est articulée autour de morceaux de toutes les époques. Deux singles de Genotype pour mettre en avant ce nouvel opus et bien sûr, pour terminer, le tube "Laments of Icarus" pour finir de mettre la tête des fans à l'envers. L'énergie est maitrisée, comme la progression du set avec un mix d'énergie et de technique, clairement un des moments de cette journée toute en intensité.

[Crédit photo : Romain Ballez]

 

Coroner

Supositor Stage

Simon : Grands maîtres du temps, les Suisses nous ont bien fait patienter pour leur nouvel album Dissonance Theory (32 ans) et les dates annoncées tardivement après sa sortie. Il me tardait d'entendre les nouveaux titres en concert, et quel plaisir d'entendre "Consequence" en démarrage. Le sentiment n'est pas si visible dans la foule peu dense où on se demande si on assiste à un concert de thrash, car il faut attendre "Divine Step" pour voir un pit se créer. Le break de "Sacrificial Lamb" ne met pas le feu aux poudres, et on ne voit alors que quelques pauvres slams. Il faut dire qu'un set technique de Coroner se déguste mieux avec attention que dans le pit.

Le trio zurichois, complété par le claviériste Daniel Stössel pour les effets, est à la hauteur, avec une exécution chirurgicale du guitariste Tommy Vetterli, qui est définitivement à la six-cordes ce que John Wick est au combat rapproché. Offrant un son de basse savoureusement audible et percutant, Ron Broder nous gratifie de son éternel chant grinçant ainsi que de quelques mots en français, parfois approximatif mais tellement sympathique.

Avec les titres plus immédiatement rentre-dedans "Symmetry" et "Renewal", le dernier album se taille une bonne part du gâteau sur le set, en toute logique, car après tout, Coroner a eu 15 ans pour jouer ses plus anciens titres en concert sans rien proposer d'exclusif. Les fans de "Reborn Through Hate" et des morceaux thrash plus classiques pourront rester sur la faim avec seulement "Masked Jackal". Je ne peux m'empêcher de m'extasier sur les riffs indus grimaçant de "Grin (Nails Hurt)" terriblement efficaces en concert, avant un bon pilonnage final en règle.

[Crédit photo : Ciruf]

Setlist :

  • Consequence
  • Sacrificial Lamb
  • Divine Step (Conspectu Mortis)
  • Masked Jackal
  • Symmetry
  • Metamorphosis
  • Grin (Nails Hurt)
  • Renewal

 

Soen

Massey Ferguscène

Jérôme : Après leur passage en 2023, c'était peu dire que j'attendais Soen sur la scène du Motoc. Même si Reliance, leur dernier album en date, m'avait laissé un peu sur ma faim, la collection de tubes des Suédois est assez large pour remplir l'espace des 55 minutes et déclencher des torrents d'émotions chez les fans, dont votre serviteur au premier rang. La première chose qui me vient à l'esprit, c'est que le groupe s'est libéré en trois ans. Plus joueurs, plus mis en scène, plus communicatifs, le spectacle devient encore plus complet. Joel change de tenue, et arbore un uniforme, Cody prend le devant de la scène avec le sourire pour exécuter ses soli, et Martin joue avec des lunettes noires sur les yeux comme la star qu'il est. La setlist pioche dans tous les albums et se concentre sur les morceaux efficaces dans l'émotion comme "Lotus" qui a quitté sa place de finisher, ou dans l'énergie comme "Antagonist". On remonte jusqu'à Cognitive, une bonne occasion pour que Martin nous fasse une démo de son talent et on finira sur l'hymne "Unbreakable". Impeccable de bout en bout, ce moment de partage est une réussite et une petite respiration avant de repartir dans la fournaise.

[Crédit photo : Romain Ballez]

 

Paradise Lost

Massey Ferguscène

Simon : Il m'a fallu du temps avant de découvrir Paradise Lost en concert. Si le créneau face à Emperor peut être un dur choix pour certains, il se transforme en opportunité de mon côté, ayant déjà vu les prestations désormais coutumières des Norvégiens en festival. Les apôtres anglais du doom gothique piochent dans toutes les périodes de leur discographie. Cela se remarque dès les premiers titres, avec le tube "One Second" à la suite de l'ouverture sur "Serpent on the Cross" qui nous plonge déjà dans l'émotion, tiré de l'excellent dernier album Ascension. Une entrée qui signale déjà la grande forme vocale de Nick Holmes tant sur le chant clair que saturé. La variété du répertoire tranche avec sa prestation aux côtés des Suédois de Bloodbath la veille. On remarque que le chanteur se plonge dans ses antisèches sur les titres récents et semble utiliser quelques samples sur le refrain saisissant du magistral "Tyrants Serenade". La présence du groupe en reste néanmoins affirmée, déroulant un set ultra classe au son limpide.

Les classiques de Draconian Times "The Last Time" et "Hallowed Land" nous cueillent sans peine et la reprise de "Smalltown Boy" emporte toute la Massey Ferguscène. Holmes n'oublie pas son humour british en annonçant une chanson "très peu jouée" : "As I Die"... Littéralement la plus jouée. Si le groupe n'hésite pas à passer à la trappe certains tubes comme "Enchantment" pour rafraîchir le set, on apprécie d'entendre les riffs de "Silence Like The Grave" terminer le concert, preuve de la force du dernier album.

[Crédit photo : Gaël Mathieu]

Setlist :

  • Serpent on the Cross
  • One Second
  • The Last Time
  • Faith Divides Us - Death Unites Us
  • The Enemy
  • As I Die
  • Hallowed Land
  • Tyrants Serenade
  • Smalltown Boy
  • Embers Fire
  • Ghosts
  • Silence Like the Grave

 

Emperor

Supositor Stage

Jérôme : Depuis leur départ en retraite de composition, Emperor continue sa lancée de concerts pour rappeler à quel point c'est un groupe qui a marqué l'histoire du genre. Je serai honnête avec vous, c'est la première fois que j'avais l'occasion de voir ce groupe fondateur de mon histoire avec le metal extrême. C'est sans surprise et sans déception que le set de Emperor va marquer la nuit Bretonne, pour la deuxième fois en deux ans. Set impeccable, son à la hauteur du style, ce dernier show de leur tournée reprend les époques et les tubes : "Wrath of the Tyrant", "An Elegy of Icaros", "The Loss and Curse of Reverence". Vous sentez que leur histoire est bien couverte, avec des lights qui donnent l'impression de reprendre les tons de couleur des albums. On se doute qu'après tant de temps, le spectacle est rôdé, le public sait ce qu'il vient voir. Je comprends que l'on puisse se dire que ce moment s'étire dans une longueur dont on ne voit pas le bout, mais les nombreux enthousiastes ont profité d'un spectacle digne de la classe de ce groupe. La communication est fluide, le public compact, le son est digne des titres aux si nombreuses nuances; un vrai moment mémorable.

[Crédit photo : Romain Ballez]

Setlist :

  • Intro
  • Into the Infinity of Thoughts
  • In the Wordless Chamber
  • With Strength I Burn
  • Wrath of the Tyrant
  • The Loss and Curse of Reverence
  • An Elegy of Icaros
  • Inno a Satana
  • Ye Entrancemperium
  • The Wanderer

 

Master Boot Record

Bruce Dickinscène

Simon : Sur disque, la musique électro-heavy-synthétique de Master Boot Record laisse penser que le groupe italien balance des samples pour mettre la ouache. Quelle claque de voir qu'en concert, tout est bien plus organique, avec deux musiciens qui accompagnent le créateur Vittorio D'Amore, aka Victor Love. Véritable virtuoso à la guitare, Edoardo Taddei nous assomme de shred à la Jason Becker pour notre plus grand bonheur. Baigné dans le délire informatique rétro, MBR multiplie sur scène les clins d'œil nerd et les références à la pop culture, jusqu'à avoir comme décor des écrans cathodiques et du hardware vintage montés et configurés pour accompagner le spectacle, en plus d'un grand écran projetant des images de jeux vidéo. Ultra réceptif, le public se déchaîne sur la reprise du thème de Doom. Un bon shot de nostalgie coupé à l'adrénaline sur le synth frénétique du trio, boosté par la batterie de Giulio Galati.

Entre deux démonstrations de synth shred et de pixel art, le cerveau Victor Love nous partage quelques rudiments d'ingénieur informaticien en expliquant le thème ou le titre codé de ses morceaux. À force de mettre la gomme, le ton s'essouffle au fil du concert, mais l'effet de surprise continue de nous marquer pour signer la plus belle découverte en live. Ceux et celles qui étaient ailleurs pendant ce concert n'ont rien compris et ont tout loupé.

Aurélie Jungle : Je remercie Igorrr d'avoir mis ce groupe en première partie de son live à l'Olympia en octobre dernier. La découverte fût un coup de cœur immédiat. Ajouté dans la playlist en sortie avec une seule envie, celle de les revoir en live rapidement parce que vraiment : la saveur n'est pas la même. Les conversations vont bon train dans la fosse en attendant le groupe : "ah mais ils ont une batterie sur scène en fait ?" - oui et deux guitaristes qui vont nous laisser bouche bée… On est vraiment très peu à savoir ce qu'on va voir. "Hello we are Master Boot Record and this is computer metal". Voilà comment Victor Love a lancé le concert. Et c'est "NWOSHM.TXT" qui inaugure le set et fait office de présentation de Edoardo (guitariste) et de Giulio (batteur). C'est une démonstration. Que ce soit au niveau des guitares ou de la batterie, les gars sont des machines. Pour l'anecdote : ce morceau (entre autres) est extrait d'un album qui a 10 ans. Le groupe live n'existait pas (il a été créé en 2019), Victor composait uniquement sur ordinateur. Ce qui veut dire que pour assurer en live, il faut reproduire ce qu'a fait l'ordinateur. Et c'est là où la baffe est double. Le mot prodige pour Edoardo n'est même pas assez fort. Bref. MBR ne tarde pas trop à placer le tube "CONFIG.SYS" puisqu'il arrive juste derrière et met absolument, mais absolument toute la fosse d'accord. L'heure passe en 30 secondes et on ressort heureux, en transpi. L'enchaînement Alcest s'annonce compliqué.

[Crédit photo : Romain Ballez]

 

Alcest

Massey Ferguscène

Simon : Les samples de la chorale éthérée de "Miserere" d'Allegri et du brouillard d'"Onyx" nous mettent dans l'ambiance avant le concert d'Alcest. On s'y dirige les yeux fermés et on les garde fermés pendant la prestation, saisi.es par la tempête émotionnelle. En les rouvrant certes pour admirer la scénographie des Français, élaborée et lumineuse. Si leur blackgaze incarne un moment de douceur solaire pour certain.es, la prestation du Motocultor met manifestement en exergue les accents les plus sombres et tristes de leur musique. Le premier morceau "Amethyste", seul extrait des Chants de l'aurore, est le plus mélancolique du dernier album, et la transition est toute naturelle vers les titres tourmentés de son prédécesseur "Spiritual Instinct". Même la batterie furieuse de Winterhalter écrase les guitares sur "Protection" et "Le Miroir". Sur les instants calmes, Zero et Neige forment toujours un duo symétrique, l'un en reflet de l'autre (pour rester sur l'allégorie du miroir), tant à la guitare qu'au chant, même si le meneur du groupe semble abandonner certaines lignes de chant clair. Ses passages hurlés restent déchirants, dans la grande tradition du groupe.

"Écailles de lune Part 2" poursuit la plongée dans les grandes profondeurs, serrant le cœur des fans. La décompression arrive sous les mélodies oniriques d'"Eclosion" et de "Kodama", redonnant plus d'oxygène et de lumière à mesure que l'on remonte à la surface, sans délester la mélancolie.

Évidemment, j'aimerais réentendre "Percées de lumière" par nostalgie et la plus récente "L'Enfant de la lune", encore inédite en concert. Mais je ne pouvais rêver d'une meilleure setlist pour le Motocultor, tant elle puise dans le répertoire que je préfère du groupe.

[Crédit photo : Ciruf]

Setlist :

  • Améthyste
  • Protection
  • Sapphire
  • Écailles de lune - Part 2
  • Le Miroir
  • Éclosion
  • Kodama

 

Filth

Dave Mustage

Simon : J'étais prêt à aller me coucher, mais une rencontre fortuite et me voilà devant la Mainstage sans savoir ce que j'allais trouver. Je cligne des yeux et je vois les poids-lourds Américains cradosser l'assistance avec un deathcore bête comme ses pieds aux rythmes hip-hop et aux guitares graves à en roter. Je vous le donne en mille, ça a fini dans la poussière du pit après avoir bouncé sur la reprise de Limp Bizkit ("Rollin' (Air Raid Vehicle)") histoire de bien perdre en neurones. Le groupe que personne n'attendait (sauf toi, bien sûr, bravo) et qui a fait remuer tous les zombies encore debout.

[Crédit photo : Ciruf]

À suivre : jour 2.

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Nos remerciements au Motocultor Festival et à Angie Dufin (NRV Promotion) pour les accréditations et l'accueil.

Merci également à Mad'moiselle Chat, Ciruf, Gaël Mathieu et Romain Ballez pour l'utilisation de leurs magnifiques photos.