
Why not ?
Dans la mythologie du tech death, peu de groupes ressortent comme étant des éléments incontournables : Necrophagist dont le troisième album est devenu une plaisanterie récurrente sur les internets et Spawn of Possession. Ce dernier a sorti un album devenu culte, Incurso, en 2012 et il est directement passé au statut de légendaire. Le point commun entre ces deux monuments, c'est qu'ils sont inactifs, petits anges partis trop tôt. Mais tel le phénix, Retromorphosis, vient mettre le baume au cœur tant attendu par les fans du genre. Imaginez les références explicites : le nom du groupe était le titre prévu pour l'album prévu de Spawn of Possession et quatre membres sur les cinq sont des ex-musiciens de la formation. Seul le batteur fait exception.
Formé en 2020, le groupe a pris son temps pour sortir Psalmus Mortis, un album attendu au tournant. L'artwork est sanguinolent, le logo quasi-illisible, il y a du gore et des têtes de mort partout, on est bien dans l'imagerie death metal, dégueu à souhait mais dont l'intention se lit au premier regard. Neuf titres, quarante-deux minutes, dont une intro et surtout un titre de neuf minutes, « Machine », qui attire forcément l'attention, car garder l'oreille du l'auditeur sur un temps aussi long va nécessiter un certain talent. Ils réussissent le tour de force en étirant l'introduction avec un clavier lugubre, un tempo plus souvent posé, presque plus groovy (avec des effets de batterie plus variés par exemple), mais aussi en trouvant des enchaînements naturels entre les passages. On se sent comme dans une évolution fluide, une progression qui prend un peu plus son temps et se laisse plus approcher. C'est aussi suprenant que prenant.
Parce que s'il y a bien un point sur lequel tout le monde s'accorde, c'est la dose de talent et la connaissance du genre des membres de Retromorphosis. Ils ont compris ce que les fans attendaient d'un retour réussi pour un groupe de leur trempe : une évolution tout en gardant ce qui a fait que leur public s'est attaché : brutalité sans compromis, shreds à gogo et un son percutant. Rien à redire d'ailleurs sur le son, qui va faire honneur aux instruments, aux ambiances et au mélange technique / brutalité du disque. Psalmus Mortis est une vraie réussite sur ce point, on peut citer « Exalted Splendour » qui ne fait pas dans la simplicité, en cassant les structures, les variant très souvent, le tout à la vitesse de l'éclair. Cette écriture, avec autant de parties différentes enchaînées de façon aussi rapide, force l'admiration.
Alors on le voit arriver de loin avec le crescendo de l'introduction « Obscure Excidium », qui va commencer à vous faire tourner la tête. Le tempo s'accélère, on se sent emporté directement vers le premier morceau, « Vanished », qui commence à grands coups de shred et de blasts. Ce qui va aussi attirer votre attention, ce sont les touches d'ambiance, avec un clavier vraiment très léger mais qui vient placer des nappes comme sur « The Tree », comme un appui à la rythmique, placés ça et là. C'est presque du domaine du gadget mais qui vient donner un peu plus de caractère au titre.
Si vous écoutez cet album avec grande attention, un autre point qui porte les morceaux vers un niveau bien supérieur aux autres formations de tech death, c'est la précision du son sur les guitares. On entend vraiment distinctement les deux guitaristes, jouer des parties différentes ou la même mais avec une subtilité personnelle qui nous donne cette impression d'être entouré par le son du groupe. Si l'on ajoute la basse qui densifie encore les riffs, on est bluffé par chaque passage ; le morceau « Retromorphosis » en est l'incarnation.
J'aurais du mal à vous dire si Psalmus Mortis va entrer dans la légende comme son grand ancêtre, mais je suis certain d'une chose, c'est que c'est un putain de bon album de tech death. Il arrive cependant sur une scène où il devient difficile d'être surprenant et beaucoup de choses ont déjà été faites. On prend tout même un plaisir immense à écouter ce qui se fait de mieux dans le genre à réciter leurs gammes. Un son d'une précision sans égal rend honneur aux talents individuels et le côté machine de guerre souligne à quel point ce collectif est talentueux. On se réjouit de voir venir Retromorphosis, le fils pas si caché de Spawn of Possession et on reprendra rapidement une dose de Christian Münzner sans aucun doute
Tracklist
1. Obscure Exordium
2. Vanished
3. Aunt Christie's Will
4. Never to Awake
5. The Tree
6. Retromorphosis
7. Machine
8. Exalted Splendour