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Live Report

All Them Witches + Slift @Paris

Concert du 29 juin 2026

Paris — Olympia

23 oct. 2026 - Par Raton

Représentez-vous la situation. Vous sortez de trois jours d’un festival intense dans le Nord de la France (le seul et unique Rock in Bourlon), à dormir dans un camping qui semble ne jamais s’assoupir, à esquiver un orage diluvien et à se lever aux aurores le lundi matin pour plier les gaules et rejoindre la capitale en voiture. A priori, votre fatigue vous imposerait de prendre un petit temps mort avant de revenir à la musique amplifiée. Mais comme à Horns Up, nous sommes des journalistes mordus, dont le professionnalisme et le sens du sacrifice ne sont plus à prouver, nous avons décidé de nous rendre le soir même à l’Olympia pour y voir deux titans du psychédélisme : les Étasuniens de All Them Witches et les Toulousains de Slift.

Deux groupes que nous avions déjà eu l’occasion de voir en concert en festival, mais dont les deux excellents derniers albums (House of Mirrors fin mai pour les premiers et Fantasia début juin pour les seconds) nous ont convaincu de remettre le couvert, surtout dans le cadre extrêmement privilégié de l’Olympia. Récit de notre aventure au sommet du rock et aux confins de la fatigue, dans la salle aux grandes lettres néon rouges.

 

Slift

Di Sab : Au moment où Slift monte sur les planches de l’Olympia devant un parterre pas si garni, le groupe se trouve pris entre deux dynamiques contradictoires. Dix jours auparavant, ils ont donné un concert unanimement qualifié de légendaire au Hellfest. Pendant qu’Iron Maiden captait le gros du public, les trois Toulousains ont satellisé la Valley comme peu de groupes l’ont fait depuis la création du festival clissonnais. Mais, en parallèle, Fantasia n’a peut être pas eu la pluie de critiques laudatives des deux précédents. Bien qu’ayant ses adeptes, la dimension plus directe et le chant plus brut (à l’accent français marqué) a pu rendre perplexe certains. A titre personnel, j’ai adoré la démarche. La comparaison reviendra souvent mais à mon sens, Slift emprunte un chemin similaire à celui de Mastodon. En réussissant à créer une continuité sans tomber dans la redite, Fantasia est une étape dans un projet cohérent capable de changer de formes sans garder sa ligne directrice.

Premier constat, l’écran est énorme (comme vous pouvez le constater) et les visuels sont plus fluides que sur la tournée Illion. Auparavant pixélisées et destructurées au possible, on se retrouve désormais face à des boucles plus classiques dans la musique psychédélique avec des motifs plus communs (yeux / iris), des loops courbés et arrondis qui rendent l’immersion plus plaisante. Mais le plus important, c’est de voir à quel point les compos de Fantasia s’imbriquent bien dans le set. Centré sur le dernier effort, le concert de ce soir ne comporte que les deux titres éponymes des deux derniers albums mais ceux-ci se marient avec une fluidité parfaite dans ce set beaucoup plus frontal. Car c’est là le réel avantage de Fantasia et de ce soir. Le trio bouge plus, les riffs s’enchainent sans ses grands tiroirs progs qui font voyager l’auditeur tout en pouvant parfois le décontenancer. « The Village » / « Day of Execution » sont des tubes absolus qui, je pense, deviendront de vrais temps forts des futurs concerts une fois que l’album sera plus assimilé. Au terme d’une heure et après avoir fédéré son auditoire avec un indéboulonable « Ummon », le job est fait pour Slift. La date au Trianon s’annonce dantesque mais, en attendant la tête d’affiche de Nashville, on ne peut s’empêcher de penser qu’on a assisté à un très bon concert qui n’était pas non plus au niveau du légendaire show du Hellfest. Le groupe a très bien fait. Mais il est capable du meilleur.

Setlist :
Fantasia
Corrupted Sky
The Village
A Storm of Wings
Ummon
Ilion
The Day of Execution
Secret Mirror

 

All Them Witches

Raton : Si House of Mirrors a confirmé ce qui était déjà assez certain, c’est-à-dire le talent et l’aisance des garçons du Tennessee à produire un rock racé et inventif à la croisée du blues, du stoner et du heavy psych, il faut lui reconnaître une très grande diversité, voire une hétérogénéité particulière. Rien de bien problématique, mais de quoi surprendre avec une première moitié qui commence par un morceau de doom, avant deux titres de blues lancinant, puis un single plus direct et accessible.

De ce sentiment de grand écart, All Them Witches parvient pourtant à tirer une setlist d’une grande cohérence et surtout d’une générosité particulière avec 14 morceaux et un set qui a gentiment dépassé les 1h20. Mon second constat est la maîtrise absolue des Étasuniens sur scène. Rien ne dépasse, c’est un show à l’américaine, qui pourrait certes bénéficier de plus d’interactions avec le public, mais qui brille par son contrôle et sa lisibilité. Le timbre de chaque instrument est clair et limpide. Même quand le groupe pousse la saturation, la puissance ne se fait jamais au détriment de l’intelligibilité d’écoute. Le public, déjà très actif sur Slift, répond excellemment bien à la prestation avec un parterre de fans dévoués-es et attentifs-ves et une jauge respirable permet des allers-retours faciles dans la salle.

Amateur du groupe depuis 10 ans, mais n’ayant jamais vu le groupe en concert, j’avais des attentes assez précises en matière de setlist. Sur ce point, j’ai été très surpris des choix effectués. Logiquement, House of Mirrors se taille la part la plus importante avec six morceaux, les quatre premiers, « Angel on the Wayside » et « Saturn Song », laissant le superbe enchaînement, certes plus calme que le reste, « Go-Getter » / « Starting Line » au placard. Ensuite, c’est un panachage qui bénéficie à tous les disques, sauf à leur premier, Our Mother Electricity. Mais des titres choisis, beaucoup de choix curieux. De Dying Surfer que « Blood on Sand / Milk and Endless Waters » et pas le superbe et zeppelinien « Open Passageways ». Pareil pour Nothing As the Ideal qui choisit « See You Next Fall » plutôt que les deux incroyables « The Children of Coyote Woman » et « 41 ». D’ailleurs aucun titre de la série des Coyote Woman ne sera joué, seul « When God Comes Back » étant joué de Lightning at the Door.

Des choix sûrement expliqués par la volonté d’axer le concert sur les morceaux plus lourds et rock de la discographie, mais qui me pincent inévitablement le coeur. Du reste, difficile de leur en vouloir, tant la prestation est belle, habitée et tenue. À charge de revanche et surtout à moi de les retrouver sur la route pour satisfaire mes caprices.

Setlist :
Blood and Sand / Milk and Endless Waters
Don't Bring Me Coffee
Saturn Song
Angel on the Wayside
Diamond
1x1
Hold Up, Say What?
Aethernet
Workhorse
Culling Line
Red Rocking Chair
See You Next Fall
When God Comes Back
Rappel : Alabaster

 

Merci infiniment à KINDA pour les accréditations et à Radical Production pour la confiance, c’était très amusant d’aller dans le pit photo avec seulement un iPhone.