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Impureza nous parle de son Hellfest et de son dernier album : "On avait cette volonté d’innover".
Lionel et Guillaume
30 oct. 2026 - Par Michael
C'est après une prestation remarquée sous l'Altar du Hellfest 2026 que nous avons eu l'occasion de nous entretenir une trentaine de minutes avec le groupe de death metal Impureza. L'occasion d'évoquer avec les Orléanais leur dernier album, leur prestation et aussi l'avenir.
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HU : J’ai immédiatement envie de parler de votre prestation de ce matin. Comment ça s'est passé ? Quelles sont vos premières impressions ?
Guillermo (ndlr : batteur du groupe) : On sort tout juste de scène ! On a encore l'adrénaline car on a passé un très bon moment. Malgré quelques soucis techniques au niveau des ear monitors, on est heureux car la réaction de la foule a été superbe.
Pour un groupe qui joue à 10 h 30, le public a répondu présent !
G. : J’ai bien pris mon pied, en tout cas !
Lionelito (ndlr : guitariste du groupe) : C’était bien rempli pour cette heure matinale et on a passé un super moment. C'était bien cool de voir tous ces gens en folie, malgré quelques petits soucis techniques. Tout a été fait un peu dans le rush, on n’a pas vraiment eu le temps de tout peaufiner, mais c’était une très belle expérience. Maintenant, il n'y a plus qu'à profiter de cette journée qui nous reste pour voir quelques groupes et profiter du festival. C'est vrai que j'ai été impressionné devant le monde qu'il y avait à 10 h 30.
Jouer au Hellfest est excitant pour un groupe, mais il y a toujours ce petit bémol de passer dans les premiers slots de la journée. Est-ce qu'il va y avoir du monde ? Le public va-t-il répondre ? Avez-vous eu ce stress avant de vous rendre compte que le public était venu en masse pour vous voir ?
L. : Heureusement qu’on est passés le deuxième jour du festival car les gens sont encore en forme (rires) ! Ce ne sera peut-être pas la même chose dimanche. Pour être honnête, je le sentais qu'il y aurait du monde pour notre concert ; j'avais regardé un peu les vidéos des premiers groupes qui jouaient l'année dernière au Hellfest et il y avait toujours pas mal de fans et de curieux, surtout pour un groupe français. Je me suis dit qu'il n'y avait pas de raison que ce soit différent pour nous.
J’avais hâte de vous voir en live. J’étais notamment curieux de voir comment vous alliez pouvoir retranscrire les éléments folkloriques sur scène. Est-ce que c'est un challenge pour vous ?
L. : C’est effectivement un défi, car notre musique est assez riche. Sur album, on a recours à des orchestrations mais on ne peut évidemment pas reprendre tout ça sur scène, sinon il faudrait que l’on soit une trentaine et on ne peut pas se le permettre (rires). Du coup, sur scène, on utilise quelques samples même si on essaye de jouer tout ce qui peut l’être en live, notamment avec nos guitares acoustiques, pour donner de la présence et aussi un visuel plus important.
G. : On aimerait pouvoir ne pas avoir recours aux samples en live, mais c'est juste impossible, logistiquement comme financièrement. Mais comme Lionel le disait, on essaye de garder au maximum ce qu'on peut jouer en live, même si je ne te cache pas que c'est un vrai casse-tête ! Qu'est-ce qu'on va garder ? Qu'est-ce qu'on va laisser ? Qu'est-ce qu'on peut jouer ? Qu'est-ce qu'on ne peut pas jouer ?

Pour ceux qui ne vous connaîtraient pas, vous êtes en grande partie originaire d’Orléans si j’ai bien compris ?
G. : Tout à fait. On n’est pas tous d’Orléans, mais la base du groupe en vient.
Au-delà du fait que c'est la plus belle ville de la région Centre, n’en déplaisent aux Tourangeaux qu’on déteste tous viscéralement (rires), on est quand même loin de l'Espagne dans le tuffeau des bâtiments orléanais et l’humidité de la Sologne. Qu'est-ce qui vous a motivé initialement à vous lancer dans ce concept ? La volonté de rester liés avec des racines familiales ou explorer un mélange inédit ?
L. : Je crois que tu as tout dit ! Mes parents sont espagnols donc j'ai grandi dans cette culture-là. L’éducation, la musique, la nourriture, le football et j'en passe. Lorsque j’ai commencé à jouer du metal, je suis tombé sur Nile et j’ai fait ce rapprochement entre un metal qui peut évoquer et s’imprégner d’un lieu, d’une culture. J'aimais déjà beaucoup le flamenco donc je me suis dit : puisqu’il y a un groupe de death qui s’inspire de sonorités orientales, pourquoi ne pas créer un groupe de metal qui reprend de la musique traditionnelle espagnole ? En plus, comme tu le soulignes, il n'y avait pas de groupes qui faisaient ça.
G. : Ça coulait de source, avec un guitariste espagnol, de tendre vers ça. Surtout que cela n’avait jamais vraiment été fait. Si on va chercher un peu, il y avait déjà eu des petits trucs de fait en la matière. Je n’ai plus tous les noms en tête, mais j’ai souvenir d’un groupe espagnol qui s’appelle Night to Die, qui n’a malheureusement pas perduré, qui a sorti un album en 1997 avec déjà des éléments flamencos. On n'était donc pas les tout premiers à le faire. En tous cas, cela paraissait, eu égard aux origines de Lionel et au fait qu’il a été bercé avec la musique espagnole comme celle du grand guitariste Paco de Lucía, de se lancer dans ce mélange. Et comme l’a dit Lionel, Nile est effectivement une grosse influence en termes de metal. Le flamenco est une musique très émotionnelle, très intense, donc tout était réuni pour que le mélange fonctionne.
Cela donne de la légitimité à la démarche, aussi. On peut parfois reprocher à des groupes de vouloir faire du metal ethnique ou culturel, peu importe comment on l’appelle, sans avoir de liens directs avec la culture concernée.
G. : Oui ! Même je ne suis pas espagnol de mon côté. J’attends impatiemment la venue d’un groupe de death musette pour coller à mon identité (rires) !
Votre attrait pour la culture hispanique va d’ailleurs au-delà de l’Espagne. Votre précédent album, La caída de Tonatiuh, portait sur des histoires et légendes sud-américaines. Est-ce qu'il y a des sujets, des thèmes qui vous passionnent plus particulièrement ?
L. : Puisqu’on fait un metal un peu extrême, l’idée que l’on suit toujours est d’aborder des thèmes épiques comme des batailles, des guerres, ou des sujets encore plus sombres. On a commencé notre discographie (ndlr : l’album La igelsia del odio) en essayant de puiser avant tout dans la vieille Espagne en abordant des sujets comme l’inquisition, l’église et toute la barbarie qui a pu sévir à l’époque. Avec notre deuxième album (ndlr : La caida de Tonatiuh), on a davantage évoqué le sujet des conquistadors qui est un sujet qui nous tenait à cœur car on aime beaucoup les peuples sud-américains. Et là, sur le dernier album (ndlr : Alcazares), on est revenus en Espagne en évoquant des sujets liés aux Templiers, à l'époque de la Reconquista. On pense qu'on conclut une espèce de trilogie, avec ce dernier album. On va évidemment rester toujours connectés avec ce concept de base, mais on va essayer à l’avenir d’aborder les choses un peu différemment.
Donc pour répondre à ta question, l'idée est de s’inspirer de faits historiques de la vieille Espagne, mais en retenant une approche fictive. On s’inspire de l’histoire, mais on ne fait pas les historiens ! Pour reprendre l’exemple de Nile, on sait que Karl Sanders fait des textes très recherchés avec beaucoup de détails historiques, des dates, des noms. On ne suit pas cette approche ; Impureza c’est plus une approche heroic fantasy.
Et est-ce qu'il y a des sujets que vous vous interdisez de traiter ? Évidemment quand on parle Espagne, on va parler colonisation espagnole ; etc. Est-ce qu'il y a des thèmes que vous évitez d’aborder ?
L. : Il n’y a pas de sujet que l’on s’interdit de traiter. De toute façon, notre approche c'est de faire de la fantasy latino-hispanique. On n’est ni prof d'histoire, ni politicien ; on a une approche très fictionnalisante. Tant que cela a un rapport avec l’Espagne et l’Amérique latine, cela nous va ! S’agissant d’ailleurs de la colonisation espagnole, c’est effectivement un sujet qui est toujours délicat, mais le fait est que si tout ne s’est certainement pas passé dans la douceur, loin de là, il y avait davantage une optique de métissage qu’avec la conquête anglo-saxonne dans le nord des États-Unis par exemple. Le premier mariage « métisse » au monde est d’ailleurs un mariage d'un conquistador avec une indienne ! Nous avons pu aborder ce sujet sans difficulté dans certaines chansons, et cela a d’ailleurs beaucoup été apprécié par nos fans sud-américains qui sont nombreux.

La transition est toute trouvée pour évoquer votre dernier album Alcazarès qui est sorti l'an dernier. Vous vous êtes inspirés cette fois-ci de la période de la Reconquista espagnole, au Moyen-Âge. Qu’est-ce qui vous a intéressé particulièrement dans cette époque-là ?
L. : C’est une période passionnante. Le contexte moyenâgeux, fait de conflits, mais aussi le mélange de culture passionnant qui en a résulté, notamment en Espagne du sud, c’est inspirant. C’est une période qui est assez mystique et qui se prête bien à des écrits comme les nôtres. Entre le look des Templiers, les civilisations arabo-musulmanes dont l’art était incroyable, et le gigantisme des constructions de l’époque, c’est un sujet parfait. Ça nous permettait aussi de refaire un album parlant du mélange de culture entre l’Espagne et d’autres civilisations. Puisque ça me branchait bien de traiter une période aussi remplie de combats et de légendes un peu sombres ; on en a parlé avec les gars et tout le monde est tombé d’accord.
Il aura fallu huit ans pour attendre ce nouvel album. Qu'est-ce qui a justifié selon vous le fait de devoir attendre aussi longtemps ? Est-ce que c'est parce que vous avez dû vous farcir 600 ans d'histoire de l’Espagne pendant la Reconquista ?
G. : Pas tout à fait (rires). Il y a eu le COVID, déjà. Et il y a aussi une certaine quête de perfection dans la composition. On revoit souvent notre copie ; on fait des premiers jets, ça ne nous plaît pas, on revoit. On laisse passer un petit peu de temps pour prendre du recul, puis on apporte de nouvelles modifications. Il faut faire fonctionner les morceaux ensemble et il y a toujours à redire. En tant que batteur, j'ai d’ailleurs tendance à toujours revenir un petit peu sur mes parties. Ça s’entend même en live car je ne joue jamais exactement comme sur album parce que qu’à la longue, je serai blasé. J’aime bien avoir du nouveau. À cela s’ajoute le facteur « money » : tout cela coûte des sous et on n’en a pas beaucoup, malheureusement. En somme, il y un aspect financier, un aspect COVID et une forte exigence avec nous-mêmes en tant que musicien.
À ce titre, comment ça fonctionne au sein du groupe ? Qui compose ?
G. : Tout part des riffs de guitare de Lionel qui est le principal compositeur du groupe. Viennent ensuite s'ajouter des parties de batterie programmées qu'on réalise sur Superior Drummer ou Guitar Pro, puis chacun met un petit peu sa patte. Lionel est cool, il nous laisse mettre un peu notre nez dans les riffs et pas mal dans les structures aussi (rires). À partir de là, on brode autour de ce canevas et chacun peut amener sa contribution. Estéban (ndlr : le chanteur du groupe) peut avoir une idée de riffs pour Lionel, cela m’arrive également d’avoir des idées de riffs… C'est très rare que Lionel arrive avec une composition « clé en main » toute faite. L’idée c’est que tout le monde soit impliqué et content du résultat, ce qui peut parfois conduire à des compromis. Ça rejoint d’ailleurs un petit peu la question précédente sur le pourquoi on met autant de temps à sortir des albums : on n’est jamais totalement satisfaits à 100 %.
C’est une très bonne chose que ça parte des riffs !
G. : Oui ! J'ai oublié de préciser que ça peut aussi partir de riffs acoustiques autour duquel on va broder. La base ne repose pas forcément sur des riffs « metal ».
La force de votre dernier album repose d’ailleurs sur l’incorporation réussie des éléments folkloriques. Des groupes qui incluent de tels éléments le font parfois de manière un peu brute, ce qui n’est pas du tout le cas sur Alcazarès.
G. : C'est le troisième album, c'est l'album de la maturité (rires) ! C’est certain qu’au bout de vingt ans à faire ce style, on commence à avoir un peu d'expérience pour s’assurer que le mix fonctionne à peu près bien et que les éléments flamencos ne tombent pas comme un cheveu sur la soupe. C’est peut-être un peu prétentieux de le dire, mais depuis le temps qu'on fait ça, je pense qu’on arrive à trouver le bon équilibre. Il y a quand même eu une innovation dans ce dernier album, c’est l’implication de Louis Viallet qui nous a fait des orchestrations dans une veine Fleshgod Apocalypse. C'est quelque chose qu'on n'avait jamais vraiment fait par le passé et on avait cette volonté d’innover.
C’est effectivement un album encore plus riche que les précédents, certains diront même « prog ».
G. : On est plusieurs fans de prog au sein du groupe donc ça joue peut-être (rires). Sur ce point, j'ai un avis un peu différent, car je ne trouve pas qu’Alcazarès soit si progressif que ça, au sens où je l’entends, c’est-à-dire des structures complexes, des mesures asymétriques, de la polyrythmie, etc. Même si on a quelques mesures asymétriques, le but est d’avoir un metal puissant tout en conservant un côté catchy, afin de ne pas perdre les gens. On pourrait faire du beaucoup plus technique, on pourrait se lancer dans une veine un peu à la Obscura, mais ça ne m'intéresse pas tellement ; je veux que l’on conserve un côté entraînant sur scène.
Un parallèle peut d’ailleurs être fait avec d’autres groupes comme Aeternam, qui mélange du death mélo avec des sonorités orientales dans des chansons longues, riches, mais qui ne relèvent pas pour autant du progressif.
G. : Je ne connais pas le groupe, je vais y jeter une oreille !

S’agissant d’ailleurs de la scène death metal, il n'y a jamais vraiment eu de traversée du désert contrairement à d'autres genres mais on voit que depuis deux ou trois ans, il y a une flopée d'albums de qualité qui sont sortis. Les Blood Incantation, Ulcerate, Tomb Mold, Cattle Decapitation, Defeated Sanity, etc. Est-ce que vous ressentez aussi cette dynamique ?
G. : Pas tellement en ce qui me concerne. Je suis un peu un vieux boomer du haut de mes 45 piges, je ne m'intéresse pas forcément aux nouveaux groupes ou à l’état de la scène. Récemment, j’ai bien aimé Zenith Passage, un groupe de death technique moderne.
L. : Je rejoins un peu Guillermo là-dessus. Il y a une certaine saturation du marché et c'est impossible, surtout si on a des enfants et un travail (rires), de suivre toutes les sorties, même s’il y en a surement beaucoup d’intéressantes. On baigne entièrement dans notre projet donc c'est vrai qu'on a parfois un peu de difficultés à s'intéresser à ce qu'il se passe à l'extérieur. On est à fond dans ce qu'on fait donc c'est assez dur de se tenir à la page.
Pour en revenir à vous, quel est le programme maintenant ? Est-ce que vous espérez pouvoir enchaîner la promotion de votre album et continuer à faire des tournées ?
G. : On va continuer à promouvoir l'album qui est sorti il y a un an ! Tout dépendra des dates qu'on pourra obtenir. On planche également d’ores et déjà sur le quatrième album car on n’a pas vraiment envie de mettre huit ans pour le faire, celui-ci ! Je commence à être un petit vieux, ça va être compliqué de blaster sinon (rires).
L. : On est au taquet pour faire des nouvelles compos et aussi essayer de tourner au maximum. On a recruté Cécilia (ndlr : Cécile Cappozzo), une danseuse flamenco pour donner une nouvelle dimension à nos prestations live et à la musique d’Impureza, donc on espère pouvoir défendre notre musique sur scène plus souvent !
Merci beaucoup pour cet entretien ! Peut-être un dernier mot ?
L. : Déjà, merci à toi pour l'interview et à Horns Up que j’apprécie beaucoup. Un grand merci également à tous ceux qui nous soutiennent et qui sont venus nous voir ce matin. Attendez-vous en tout cas à quelque chose d'encore plus lourd avec Impureza à l’avenir ! Pour finir, un grand merci au Hellfest pour le slot !
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Un grand merci au groupe, à son management et à Season of Mist.
