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Raton et la bagarre #39

26 oct. 2026 - Par Raton

Le site ayant été hors d’accès pendant un temps bien supérieur à ce que nous avions prévu, cette Bagarre arrive quelque peu en décalé avec l’actualité qu’elle est censée couvrir. Elle n’en reste pas moins agréablement remplie de 10 albums intéressants sortis entre mai et juin. Une sélection qui fait la part belle à la variété stylistique, rien ne ressemblant vraiment aux autres, avec trois disques nationaux et de très bons contenders aux listes de fin d’année. L’article aborde aussi le plus gros drama hardcore de la première moitié de l’année avec le cas Balmora. Si vous n’avez rien suivi, je résume tout, alors installez-vous confortablement et entamez la lecture de cette 39e Bagarre.

Ostraca | Temple Guard | Converge | No Vale Nada | Static Dress | Corruption Pact | Balmora | 100 Demons | Lord Snow | Mirar | Mentions bonus

 

Ostraca – Uncollected
Screamo / Post-metal – USA (Persistent Vision)

À la fin des années 2010, début des années 2020, plusieurs groupes semblaient être pressentis pour devenir les nouvelles têtes d’affiche du screamo international. Mais comme il est de coutume dans le genre, beaucoup d’entre eux se sont séparés, se sont mis en hiatus ou ont juste grandement baissé leur rythme de production. Je pense à Frail Hands, Vi som älskade varandra så mycket, Senza (un seul EP en sept ans), Shin Guard (rebrandé en groupe de metalcore), Drei Affen (rien depuis 2019) ou même Portrayal of Guilt qui a arrêté de faire du screamo. Parmi eux, un est resté solide et constant : les Virginiens d’Ostraca.

Uncollected vient poursuivre ce que ses prédécesseurs ont amorcé, c’est-à-dire un éloignement de l’emoviolence frontale pour un screamo gonflé au post-metal, avec des crescendos soignés et des jeux travaillés sur les textures et les rythmes. C’était ce qui était annoncé par le brillantissime Disaster en 2023, puis l’extrêmement riche EP de 2025, Eventualities. Et dans ce mélange entre atmosphères soignées, explosions dissonantes et pesanteur générale, on sent aussi l’influence du neocrust, pas très loin de ce que Tenue produit.

La musique d’Ostraca est orageuse, fait s’enchaîner l’air épais d’avant tonnerre et ondées libératrices. Le morceau titre en est sûrement le meilleur exemple avec un crescendo maîtrisé à la perfection, interrompu par une déflagration déchirante, mais surtout servi par un mix qui parvient autant à serrer le cœur de son ampleur qu’à dessiner une menace sourde et latente. « Freedom From Pain » garde l’agressivité débridée, tandis que « Song for November » s’autorise tout un passage acoustique, quasi néofolk dans l’esprit, et « Greater Darkness (Something Worse) » s’impose déjà comme un des meilleurs titres du groupe. Une variété pas facile à suivre à la première écoute, mais qui s’ordonne avec finesse sur les écoutes qui suivent.

 

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Temple Guard – Citadel in Flames
Metalcore – Angleterre (Eco-Defence / Face 2 Face)

Si la tendance est un peu en train de changer, Temple Guard reste un des groupes de hardcore européen les plus sous-côtés. Tous les deux ans depuis 2022, le groupe anglais propose une nouvelle sortie, d’abord avec le terrifiant Spear of the Revenant, puis avec le très death metal et un peu en-deçà Morbid Sacrament, et maintenant avec le flamboyant Citadel in Flames.

Temple Guard se définit par quelques éléments singuliers : un metalcore particulièrement métallique influencé par le death metal et le edge metal européen, une position vegan straight edge ferme, une imagerie religieuse autant chrétienne que musulmane (allant jusqu’à utiliser des chants liturgiques à la fin de « Inquisition’s Wrath »), et un discours éco-anarchiste, voire écoterroriste assumé (les membres jouent cagoulés sur scène).

Evidemment, la lourdeur du son, les références apocalyptiques et l’iconographie autant religieuse qu’occulte, renvoie directement au metalcore halluciné et fanatique de la Holy Terror (Integrity, Ringworm). C’est là que Temple Guard excelle, dans la construction d’une ambiance infernale, armé d’une intention de terreur et de prosélytisme. La première moitié de l’album est indiscutable, avec des riffs foudroyants (« The Weight of Undying Shame »), des tremolos death metal (« Inquisition’s Wrath ») et des breaks parfaits qui ne paraissent jamais forcés comme ça peut souvent être le cas dans le metalcore.

Pour moi le point d’orgue du disque est atteint avec « A Vanguard Reforged » (difficile de ne pas y voir une référence à l’iconique magazine hardline), prodigieux dans tout ce qu’il entreprend et qui affiche un feat avec xRepentancex, légendaire groupe de metalcore straight edge anglais du milieu des années 2010. La fin de l’album, en partant plus dans le death, me semble un peu moins faire mouche, mais ça n’empêche pas Citadel in Flames d’être un des meilleurs albums de metalcore de l’année alors qu’on est seulement à la moitié.

 

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Converge – Hum of Hurt
Metalcore – USA (Epitaph)

Les neuf ans d'attente après The Dusk in Us auront été largement récompensés, car les parrains du metalcore ont sorti deux albums cette année. L’excellent Love is not Enough n'avait pas encore deux mois que Converge annonce avoir composé et enregistré suffisamment pour sortir un deuxième long format en juin. Une annonce qui peut faire craindre un second disque au rabais, constitué des chutes de studio du premier.

Hum of Hurt est tout sauf l’ombre de son prédécesseur. Il explore une facette que Love is not Enough survolait, celui d’un metalcore qui appuie sur ses côtés plaintifs et rampants, et développe bien davantage son approche post-hardcore. Bien que deux albums sortis à quatre mois d’intervalle souffriront nécessairement de la comparaison, cette différence stylistique subtile mais nette permet une existence propre à chaque disque.

Ma première écoute pointait toutefois vers un album réussi mais légèrement moins mémorable. Les suivantes ont permis d’affiner l’analyse et de réaliser que Hum of Hurt bénéficie d’un vrai souffle et d’une intensité particulière. L’obstacle principal est la construction de l’album : Converge fait quelque chose dont il est déjà coutumier : organiser un album où les temps forts sont surtout concentrés dans la seconde moitié. Les morceaux de la première partie sont bons, mais seul « Doom in Bloom » marque et surnage véritablement. À côté, la face B enchaîne l’habité et menaçant « It's Not Up to Us », l’incantatoire « Dream Debris » et son excellent riff martial, la prodigieuse maîtrise de l’intense morceau titre, ou encore « Nothing is Over », morceau qui clôt le disque avec un souffle incroyable. Trente-six ans après sa naissance, Converge jette deux nouvelles merveilles au monde, comme si de rien était. La messe est dite, bravo aux patrons.

 

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No Vale Nada – Quidam
Hardcore chaotique – France (Itawak / Vox Project / Araki / Ace of Wands)

La France serait-elle en train de reprendre ses droits sur le hardcore chaotique ? Alors que pendant longtemps c’était Plebeian Grandstand et Comity qui tenaient la baraque, toute une nouvelle garde revient structurer la tradition convergienne. Je vous ai parlé dans les Bagarres précédentes de Without Skin et Baïonnette, mais c’est aussi le cas de Yarotz, Parlor et No Vale Nada.

Ça tombe bien, ces derniers viennent de publier un troisième long-format, dix-sept ans (!) après leur formation. Pour l’occasion, le groupe du Grand Est est passé de trio à quatuor en intégrant Hugo, un second guitariste et claviériste, avec une démarche assumée : « créer des riffs à partir de bruits ». No Vale Nada évoque des influences de groupes avec une dimension expérimentale, Squid, Model/Actriz, Gilla Band. Et ce goût pour la noise et l’héritage de la no wave se ressent de façon nette et brillante à travers tout le disque, trouvant un temps fort sur « Imaginaire Trouble », titre complètement noise rock.

Ces jeux sur les textures et le bruitisme, No Vale Nada les fait cohabiter avec un hardcore habité, déstructuré et enragé (« Les Deux-Tiers »). Quidam reste un disque sans compromis défini par son agressivité et sa démarche franche et abrupte, mais il est aussi clair que le groupe vient du screamo et a intégré cet héritage dans la sensibilité générale de l’album, dans la façon de chanter et les paroles. Ce jeu de sommes est magnifié par l’enregistrement et le mixage d’Amaury Sauvé, orfèvre du chaos à la française. En plus d’être une pleine réussite, Quidam parvient surtout à être un album qui renouvelle la proposition du hardcore hexagonal, en faisant autant coexister l’émotion, l’expérimentation et la brutalité.

 

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Static Dress – Injury Episode
Post-hardcore / Mall screamo – Angleterre (Sumerian)

Static Dress est immensément populaire dans l’underground anglais, avec une trajectoire parfois même comparé à celle de Bring me the Horizon. L’adoption assumée des codes musicaux et esthétiques scene par Static Dress, la proximité dans l’attitude entre Oli Sykes et Olli Appleyard et le fait que les deux groupes viennent du Yorkshire renforcent ce parallèle. Musicalement, si Static Dress fait du post-hardcore à mélodies fortes qui pourra rappeler l’époque Sempiternal, l’influence des Anglais est davantage à chercher du côté de la scène appelée « pop screamo » ou « mall screamo », c’est-à-dire Underoath période They're Only Chasing Safety (Aaron Gillespie étant en feat sur « Nostalgia Kills »), Silverstein ou ce qu’émule aujourd’hui I Promised the World.

J’étais passé complètement à côté de leur premier LP, Rouge Carpet Disaster, que je trouvais extrêmement prétentieux et qui juxtaposait des influences de façon encore trop adolescente, certes prodige, mais trop évidente. J’ai donc lancé Injury Episode avec beaucoup de réserves. Pourtant, j’ai été soufflé par une maturité de composition à mille lieues du disque d’il y a quatre ans. Disque extrêmement ambitieux, un travail particulier a été consacré au mix pour s’assurer que la variété des influences ne conduise pas à une hétérogénéité sonore, ce qui était davantage le cas sur Rouge Carpet Disaster. Le travail accompli est impressionnant de lisibilité et de générosité en matière de dynamiques.

C’est pour moi le ciment du disque qui permet de passer de morceaux qui pourraient être d’Alexisonfire (« lip critic »), à du Deftones-worship (« dull blade disguise »), à du metalcore à refrains (« Nostalgia Kills ») ou à de l’emo-pop qui rappelle Paramore ou Brand New (« …hospice ») sans que ça paraisse grossier. Alors il reste des morceaux dont les gimmicks mélodiques ne me touchent pas (les gémissements sur « Adapter » ou le dispensable et geignard « Adult Diamond »), mais impossible de bouder son plaisir tant Static Dress maîtrise sa palette et réussit à convoquer des ambiances soignées (« Male-bomb »). Pardon de vous avoir mésestimés, ça ne me fera pas revenir sur Rouge Carpet Disaster pour autant, mais ce deuxième LP est une grande réussite.

 

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Corruption Pact – Unanswered Cries
Death metal hardcore - France (Born Dead Collective)

Auto-qualifié de « Paris Filthy Hardcore », Corruption Pact a été un des premiers groupes a ramener en France le death metal hardcore sans pour autant bâtardiser l’un des styles (ce qui est souvent l’écueil de cette scène à la mode). Un single en 2023, un EP en 2024 et une solide et constante présence live dans la scène live nationale ont mené les cinq musiciens jusqu’à ce premier LP, susceptible de les positionner parmi les premières lignes du hardcore français underground.

Dès l’intro, le groupe montre que son approche est bien davantage qu’une démonstration maximaliste de violence perdue entre les tremolos du riff et les breaks du beatdown. Exécutée avec goût à la guitare acoustique (difficile de ne pas penser au « Voice of the Soul » de Death), elle forme l’amorce parfaite pour les poids lourds qui suivent. Au premier rang desquels, « I Stole and Then I Lied », un morceau nerveux et sauvage sur les criminels à cols blancs qui échappent trop souvent à la justice.

Ce qui fait la qualité principale du disque est l’équilibre exigeant entre les riffs et le chant death metal particulièrement sourd de Quentin et ce goût irrépressible pour le mid-tempo (« Swindlers ») et les plans soigneusement conçus pour la bagarre et les two-steps (« Empty Bottles »), particulièrement par la batterie de William. La générosité collective du hardcore s’exprime aussi à travers les nombreux feats, surtout tournés autour de la scène parisienne avec Cold Decay, Worst Doubt et des voix additionnelles par Soul Hater, mais aussi avec les Finlandais de Fool’s Die. Un album particulièrement soigné qui trouve sa conclusion avec une outro puissante et incarnée, qui s’ouvre avec un sample iconique de Martyrs de Pascal Laugier.

 

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Balmora – These Graven Halls
Metalcore mélodique / Death mélo - USA (DAZE)

Vous le savez, les dramas de groupes sont monnaie courante dans le metalcore, jusqu’à en être traditionnellement raillé sur les réseaux sociaux. Balmora, l’enfant chéri du revival metalcore mélodique, y avait pour l’instant échappé, mais le mois de mai 2026 leur aura été fatal. Après avoir écarté son chanteur historique Chris « Senti » Misenti en février 2026 sur des bases peu claires, mentionnant des accusations sans qu’on en sache davantage, Balmora a recruté Paul Cole de feu-Since my Beloved au chant. Trois mois plus tard, le guitariste Jay « Papercut » Torblaa est accusé de prédation sexuelle sur une fan mineure. Il est exclu du groupe dans la foulée, mais 24 h plus tard, un second communiqué annonce la fin définitive du groupe, seulement quelques jours après la sortie de leur premier album.

Ces faits interviennent au même moment que des critiques très tièdes, voire franchement négatives, du disque, à tel point que certains estiment que ça a joué dans la décision du groupe de tout arrêter (ce que je trouve clairement exagéré). Pourtant, difficile de ne pas reconnaître une bonne partie des critiques : These Graven Halls, en s’éloignant du metalcore épique, très Prayer for Cleansing-worship, et en se rapprochant des esthétiques scene et du mélodeath emphatique, manque le coche et livre un LP pompeux, pataud et qui se perd souvent dans son propos.

La proximité assumée avec le mélodeath (« Ophelia » est du The Black Dahlia Murder dans le texte) est conjuguée avec une multiplation des références scene, voire des œillades lourdes, comme sur « The Beautiful Writing » qui concentre les clichés de l’époque du break au refrain et les bass drops. Et alors que le songwriting faisait tout le sel de Balmora, ici les morceaux se ressemblent et suivent inlassablement la même recette, tuant l’effet de surprise des riffs et des breaks (exception faite de celui de « Timor Mortis » qui marche très bien avec l’ambiance horrifique que le morceau construit).

Il reste indéniablement des choses intéressantes ici et là, comme le curieusement construit mais très efficace « Needles & Rags » qui tire plus sur le deathcore ou le réussi « Ophelia », mais tout est trop long et verbeux. Certains choix semblent insérés au chausse-pied comme les scratchs sur « Ammonite » (assurés par le DJ de Empty Shell Casing) ou le médiocre « NGV », morceau de rap quelque part entre Bladee et les Suicideboys. Par manque de lisibilité, par envie de trop en faire, Balmora finit sa carrière sur un album étrange, pas complètement à jeter, mais sur lequel je doute revenir un jour, contrairement aux trois superbes EPs.

 

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100 Demons – Embrace the Black Light
Metalcore - USA (Closed Casket Activities)

Il est possible que vous ne connaissiez pas 100 Demons. Groupe du Connecticut formé en 1998, sa popularité reste majoritairement étasunienne. Pourtant dans la première moitié des années 2000, 100 Demons était un des principaux représentants du « heavy hardcore », ce metalcore concentré sur le riff « chug » et la pesanteur de ses breaks, aux côtés de Hatebreed ou Merauder. Puis après deux albums et des changements très discutés au chant (Bruce LePage, chanteur sur le premier disque est une figure polémique de la scène hardcore, au comportement erratique et aux idées conservatrices assumées), 100 Demons s’est mis en demi-sommeil.

Le groupe n’a jamais vraiment disparu, se contentant d’une poignée de concerts par an, mais il n’avait rien publié depuis 2004. Ce comeback vingt-deux ans plus tard se fait quasiment avec le line-up de l’album éponyme, à l’exception du bassiste Erik Barrett, décédé en 2024 et remplacé par Sean Martin qui a joué avec le groupe à ses débuts avant de rejoindre Hatebreed et maintenant Twitching Tongues et Umbra Vitae.

Pour être sincère, je n’ai jamais adhéré au chant de Pete Morcey, éraillé et assez monotone. Pour autant, il n’a quasiment pas bougé en vingt-deux ans et si vous appréciiez avant, il n’y a aucune raison que vous passiez à côté de ce nouveau disque. La seule différence majeure est une déviation stylistique, moins épique et bien plus marquée par le groove metal. Sur certains morceaux, je trouve que c’est assez grossier, voire balourd, comme sur « Werewolves at the Wall ». Le chant clair éraillé, qui n’est pas du tout une nouveauté pour le groupe (« Repeat Process » ou la fin de « Dying in my Own Arms »), est toujours présent, notamment sur le feat avec Twitching Tongues, « The Cold Wind of the Crossroads », mais ne réussit toujours pas à me convaincre. Il y a beaucoup de bons riffs sur ce disque (« Häxan Hammer ») et des morceaux efficaces à n’en pas douter, mais dans l’ensemble je trouve que c’est ronflant et que ça peine à décoller et à avoir la hargne d’autres albums du style (Merauder étant encore une fois l’exemple facile).

 

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Lord Snow – riften
Emoviolence - USA (indépendant)

C’est bon, on peut enfin le dire, Lord Snow est de retour. Le groupe qui avait bousculé tout le screamo avec la bourrasque qu’était son premier album, Solitude, en 2013, n’avait jamais vraiment rien sorti à sa hauteur. Rien du moins qui convoquait le même chaos mélancolique, le même tumulte orchestré, la même décharge énergétique. L’album suivant, Shadowmarks, en 2019, était bon mais manquait de hargne et on pensait qu’il avait marqué la fin du groupe de Chicago.

Mais en 2025, Lord Snow est réapparu avec Have you Heard of the High Elves, un album de réenregistrements avec le-a vocaliste présent-e au tout début du groupe, et dont le succès critique est parvenu à les remettre sur le circuit screamo. Mais il nous fallait encore des nouveaux morceaux et c’est enfin chose faite avec ce nouvel EP expéditif de huit minutes pour quatre morceaux. Dès son premier titre, la recette Lord Snow est de retour : de l’emoviolence désarticulée, servie par une instru dissonante empruntée au mathcore et un chant saturé partagé entre la scansion et le hurlement perçant.

Treize ans après Solitude, le groupe de l’Illinois est toujours aussi pertinent, chaque seconde servant un propos ou une émotion. Écoutez ce disque seul, avec des écouteurs, dans la pénombre. C’est un cri, un instantané de douleur et de talent qui se suffit à lui-même, bien qu’on ne puisse que lui espérer un successeur plus long.

 

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Mirar – Gradus Ad Parnassum
Thall - France (indépendant)

Je ne crois jamais avoir parlé de thall, ce sous-style atmosphérique du djent, dans cette rubrique donc quoi de mieux qu'un nouveau disque de son représentant français pour commencer. Duo franco-norvégien formé en 2023, Mirar a directement produit une musique reconnaissable, très clairement inspirée de Humanity's Last Breath mais avec un jeu singulier sur les textures, les manipulations de son et les influences électroniques.

Le style précis dont s'inspire Mirar est le minatory, un sous-genre obscur aux confins du dubstep et de sa variation la plus sombre, la deathstep. Le duo conjugue donc la pesanteur et la technicité du thall avec les basses boostées, la rudesse et les changements de BPM du minatory, mixture particulièrement claire sur un morceau comme « Leclerc ».

En résulte un EP chargé et futuriste, une musique de fin du monde peu mélodique et difficilement assimilable mais maîtrisée et habitée, très majoritairement instrumentale à l'exception de l'intro avec ses vocalises éthérées et de l'outro avec un chant norvégien folklorique féminin. À écouter particulièrement si vous aimez Vildhjarta et consors, et si vous voulez voir ce que les retranchements les plus obscurs du metal progressif sait produire.

 

Pour compenser l'absence de plusieurs mois, voici une belle fournée d'autres disques :

  • Nouveau projet de midwest emo parisien, avec des membres actuels et anciens de Prune 99, Pluie Cessera et Cohésion, Handbrace vient de révéler un premier deux-titres. Doux et touchant, il rappellera l’emo revival de Marietta ou Tigers Jaw, avec des influences math, des refrains à plusieurs voix et un chant féminin quasi-twee qui permet de conjuguer une énergie fédératrice et une langueur nostalgique.

  • Quelque part dans le sillage de Portrayal of Guilt (période CHRISTFUCKER) et Chat Pile, Orphan Donor vient de révéler un nouvel album inquiétant, sourd et grinçant. Du sludge, du noise rock, une folie black metal et une essence screamo forment la base du disque qui n’est jamais aimable, souvent terrifiant, mais toujours réussi.

  • Le retour de Basement, huit ans après Beside Myself est pas à la hauteur de ce qu’on pouvait espérer. La première moitié est bonne, on y ressent particulièrement les influences grunge mâtinées au post-hardcore doux dont le groupe a fait sa signature. Mais la seconde moitié est oubliable et manque sévèrement d’inspiration.   

  • Si les têtes d’affiche du metalcore mélodique se séparent (Since my Beloved, xNomadx) ou s’afaissent (Balmora, Dying Wish), la relève est toujours assurée, ce mois-ci avec un excellent split entre les Japonais d’Indication et les Etasuniens de Watch you Fall et Seasons End. Deux nouveaux morceaux et une reprise pour chaque groupe (dont Poison the Well, Arkangel et Killing Time, excusez du peu) et le très haut du panier du style (sauf Seasons End que j’ai trouvé légèrement en-deçà).

  • Dans un style proche de Frontierer, Car Bomb ou les débuts de Callous Daoboys, les Lyonnais de Dead Kiwis viennent de sortir un nouvel album extrêmement convaincant, avec une durée parfaite et une agressivité maintenue avec le bon dosage de dissonance et d’énergie. 

  • Fiddlehead a fait son retour avec un EP trois-titres, écrit majoritairement après le décès de la mère de Pat Flynn en 2024. Dans la continuité de Death is Nothing to Us, plus rock que hardcore, on retiendra surtout « The Dogs » et le morceau titre, chargés en émotions et en lumière. 

  • Vraiment féroce et au-dessus de son prédécesseur, le deuxième EP des Finlandais-es d’Ecotage est un uppercut de metalcore possédé. Toujours centré autour de thématiques véganes et de justice environnementale, le groupe a intégré des influences plus mélodiques à la Göteborg et ça marche du feu de dieu.

  • Dans le screamo métallique, fingerswoventogether transforme l’essai de sa démo 2024 avec un EP très bien emballé, intense et constant. Ca reste dans la veine des groupes chaotiques à la Onewaymirror ou Lord Snow.

  • Triple B semble revenir dans le game du hardcore simple et direct : le retour du hardcore métallique californien de Forced Order est réussi sans être très marquant, et le doublé Boston hardcore avec le nouvel album de Risk, solide mais à qui il manque un supplément d’âme et le premier LP de Quick to Judge, où la voix est un peu à la traîne mais où les riffs sont très frais.

  • Dans un style screamo très 90s, avec de beaux morceaux de post-hardcore et un violon qui rappelle inévitablement Foxtails, A Doll for Abigail a sorti son premier album. J’ai trouvé ça un peu long et itératif, mais c’est un groupe qui peut avoir un bel avenir dans la scène.