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Iommi Album

28 octobre 2026 - Par Malice

Iommi

From The Dark

Label BMG
Style Heavy metal
Format Album
Sortie octobre 2026
Pays Grande-Bretagne
La note de
Horns Up
8.5/10

Le monde du metal – et du rock en général – n'a pas encore fini de pleurer le décès d'Ozzy Osbourne en juillet 2025. Un peu plus d'un an après le dernier tour de scène du Prince des Ténèbres, ses compères de Black Sabbath et tout le gratin du rock mondial étaient réunis le 14 octobre à Los Angeles pour la première du film « Ozzy & Black Sabbath : Back to the Beginning », captation live et documentaire centré sur les adieux d'Ozzy Osbourne. Des adieux qui ne devaient être que musicaux, mais auront finalement été le chant du cygne pour l'un des derniers mythes vivants de la musique saturée.

Mais des adieux qui, s'il ont aussi été ceux de la formation originale de Black Sabbath, n'ont pas été ceux de tous ses membres. Après tout, même Ozzy avait encore quelques morceaux sous le coude, si tant est qu'on ait vraiment envie de les entendre quand on sait ce qu'il restait de « sa » voix au milieu de bidouillages studio. Et le reste de la bande demeure actif : le dernier album du Bill Ward Band date de 2022, Geezer Butler (entre deux apparitions en guest star sur scène ou notamment sur le dernier Mastodon) travaille à son 4e album solo ; mais c'est probablement cette nouvelle sortie de Tony Iommi, From The Dark, qui excitait le plus les fans de Black Sab'.

Parce que si ému qu'on ait pu être en regardant Back To The Beginning et en voyant Ozzy Osbourne chanter une dernière fois « Paranoid », et malgré les efforts qui ne l'honorent pas de Sharon pour essayer de le faire oublier, le roc de Black Sabbath, le seul membre qui a joué sur tous les albums du groupe, de Black Sabbath à 13 (en passant par The Devil You Know, oui), c'est bien Tony Iommi. Cinq albums de Black Sabbath ont été publiés sans Bill Ward, Geezer Butler ni Ozzy Osbourne : Seventh Star, The Eternal Idol, Headless Cross, Tyr et Forbidden ; si le premier, avec Glenn Hughes au chant, avait initialement pour intention d'être sorti sous le nom d'Iommi en solo, il reste considéré comme un album de Black Sabbath. Ironiquement, Fused, deuxième album solo du parrain du doom, comptait également Hugues au chant, au grand plaisir des fans de Seventh Star (et ils sont nombreux).

***

Bref : From The Dark, c'est presque un nouvel album de Black Sabbath, d'autant plus compte tenu de l'identité de l'homme derrière le micro cette fois : Jorn Lande. Certains rêvaient d'un retour de Tony Martin, mais le 5e chanteur (sur album) de l'histoire du Sabbat Noir n'a plus la voix des années 80. Jorn, lui aussi, fait partie de la famille, ayant tenu le micro lors du concert hommage à Ronnie James Dio avec Heaven & Hell – soit, rappelons-le pour les distraits, le nom de Black Sabbath sans Ozzy ni Bill Ward mais avec Dio de 2006 à 2010. S'il mène sa barque avec son projet solo, Jorn s'est surtout fait connaître par sa participation à divers projets et groupes, d'Ark à Avantasia en passant par Masterplan, et pour être globalement considéré comme l'un rares capables de faire honneur à feu Ronnie James Dio derrière le micro. On peut le dire : même à 58 ans, Lande a une voix phénoménale, surpuissante, et est donc pleinement à sa place sur From The Dark. Mieux : il rend l'album bien meilleur, et l'on ose sans rougir le placer à la hauteur des meilleurs vocalistes à avoir chanté sur les riffs de Tony Iommi.

Car tout, sur From The Dark, tourne bien sûr autour de ça : les riffs du maestro, qui en avait encore une caisse complète à nous déballer. Lesquels datent des années Headless Cross ou Devil You Know ? La réponse est apparemment aucun, mais on est parfois tenté de se le demander tant Iommi cisaille avec une inspiration franchement épatante dès « Over the Sun », bluffante entrée en matière. On a tellement parlé du Sabbath « Mark I » et des albums de l'époque Ozzy Osbourne depuis le décès de ce dernier qu'on en oublierait que depuis bientôt 40 ans, c'est bien souvent du heavy/doom que compose Iommi : l'ambiance sinistre qui se dégage de From The Dark évoque immanquablement le Candlemass moderne, celui de Death Magick Doom – la boucle est bouclée. « Black Times » est un pur monument de doom à la « Bible Black », sublimé par un Jorn qui offre tout au long de l'album l'une des performances de sa carrière. Et que dire du riff qui démarre en seconde moitié de ce morceau, l'un des meilleurs composés par Iommi depuis... Headless Cross (1989) ?


Le premier single révélé, « World Alone », fait partie des quelques titres plus nerveux du lot, et est clairement le meilleur parmi ces derniers, le parrain du metal rappelant d'une belle descente de manche qu'il est aussi guitariste soliste. Même si bien sûr, à 78 ans, ne vous attendez pas aux soli enflammés des 80s (ou même de Technical Ecstasy, peut-être l'un de ses travaux les plus sous-estimés sur ce plan), Iommi privilégiant le feeling et même un côté bluesy comme sur l'épique à souhait « Stormwatcher », qui se termine là aussi en orgie de riffs.

Un mot sur la basse, ici tenue par Becky Baldwin : à 35 ans, elle ajoute une belle ligne à un sacré CV puisque depuis 2024, elle est également bassiste à temps plein de Mercyful Fate, rien que ça. Difficile cependant de s'enlever de la tête que le candidat initial d'Iommi était... Geezer Butler, malheureusement indisponible à l'époque car il travaillait à son propre album solo aux USA. Baldwin fait le job avec une basse « à la Geezer », en moins velu, mais si 50% du line-up originel de Black Sabbath avait été présent, From The Dark aurait été d'autant plus légitime comme 14e album « officieux » du groupe.

En l'état, c'est peut-être difficile d'aller aussi loin, mais Iommi offre ici un véritable cadeau aux amoureux des ères Dio et Martin, et un album qui fait office de successeur spirituel idéal à The Devil You Know. Huit morceaux tellement réussis que la participation de Brian May à l'excellent « Death Wake » (que Jorn, auteur de tous les textes, introduit d'un joli clin d'oeil : « I’m longing for my only Queen / See her face in the night... ») tient presque du coup marketing peu utile. From The Dark se suffit à lui seul  : si « Legacy », conclusion au titre évocateur, devait être l'ultime titre jamais publié par Tony Iommi, le père du metal s'en irait sur un ultime bijou. Reste à voir s'il le défendra un jour en live : dans une interview récente accordée à Planet Rock, il ne l'écartait pas, au moins pour quelques dates...

Tracklist : 

  1. Over the Dying Sun
    2. Black Times
    3. World Alone
    4. Beyond the Dead
    5. Stormwatcher
    6. Death Wake
    7. Return of the Arbalist
    8. Legacy