Horns Up

Chroniques

Retour
Chat Pile - Who Loves the Sun Album

25 octobre 2026 - Par S.A.D.E

Chat Pile

Who Loves the Sun

Label The Flenser
Style Noise rock
Format Album
Sortie septembre 2026
Pays USA
La note de
Horns Up
8.5/10

Alors que leur premier album est sorti il y a à peine quatre ans, Chat Pile est monté en puissance comme peu de groupes l'ont fait ces dernières années. Le quatuor de l'Oklahoma s'est vu en tête d'affiche du Roadburn après la sortie de son deuxième opus, puis a sorti une collaboration intelligente et réussie avec Hayden Pedigo, avant d'enchaîner les tournées des deux côtés de l'Atlantique, bref, une trajectoire exponentielle. Et donc, nous voici en 2026 avec un troisième album qui nous accueille avec la même esthétique que ses prédécesseurs : une photo ambivalente d'Oklahoma City, entre décrépitude et modernité, une couleur pastel pour l'encadrer, le logo, le titre et en avant la zizique. 

Pour ceux qui n'auraient pas encore croisé la route des Américains, la musique sonne comme la rencontre entre Unsane et Korn : des premiers on retrouve le son sale et rugueux qui englue les semelles, des seconds un groove irrésistible et jouissif. D'une certaine manière, Chat Pile est une sorte de version adulte et rageuse de Korn, avec un regard plus ouvert sur le monde et la société, là où les fondateurs du néo-metal avaient une approche plus adolescente et introspective – à leurs débuts, je serais bien incapable de savoir ce qu'il en est maintenant. Musicalement, on retrouve aussi des parallèles clairs : le groove imparable est assuré par une section rythmique dont la lourdeur le dispute à la crasse (ici vient l'apport d'Unsane), tandis que la guitare, souvent, tricote des lignes étranges et malaisantes. Foin de petites mélodies que l'on peut chanter facilement comme les proposaient Head et Munky chez Korn, les triturages développés par Luther Manhole sont plutôt là pour vous filer de l'angoisse et du mal-être. Dernier élément, et non des moindres, le chant : hurlés, parlés, braillés, vomis, au gré des envies ; les textes noirs et denses de Raygun Busch singularisent radicalement l'approche du groupe.

Tout ce premier paragraphe n'apprend rien aux auditeurs déjà familiarisés avec le groupe. Et c'est un peu ce que l'on peut dire de ce troisième album, tout en ajoutant immédiatement qu'il est tout aussi excellent que les deux précédents. De la pochette aux compos en passant par la production, Chat Pile ne change pas sa recette, ressasse la même approche et parvient néanmoins à être toujours aussi pertinent et efficace. Et il y a une bonne raison à ça. Si l'on prend l'intro du premier titre, "The Creature", où la batterie s'avance seule avec un pattern que tout batteur en herbe est capable de jouer (et a sans doute déjà joué), il faut se rendre à l'évidence : chacun des membres de Chat Pile sait exactement comment rendre sa partie la plus marquante et impactante possible. Pour notre exemple, la frappe lourde, puissante et profonde, bien calée au fond du temps de Cap'n Ron est le dosage parfait qu'il faut à ce moment-là pour accueillir l'auditeur. Sur le principe, c'est basique et simple, mais dans le concret, tout le monde n'en est pas capable. Dans son pré carré de noise rock sale et visqueux, Chat Pile parvient toujours, au bout de trois albums, à déterrer suffisamment de pépites pour assurer une collection de titres marquants et de moments de pur déchaînement. Sans véritable temps mort, même s'il y a des accalmies, Who Loves the Sun recèle quand même quelques moments de bravoure qui font déjà des dégâts ravageurs en live. Le refrain de "PEN I S MALL", avec sa cloche de ride stridente et matraquée en doubles croches sur fond de labourage guitare/basse ; le régal est total. 

Donc Chat Pile reste bien ancré sur ses acquis. On parle souvent de prise de risque quand un groupe s'éloigne de sa ligne directrice fondamentale. Mais n'est-ce pas tout aussi risqué de s'accrocher à sa marotte, avec la possibilité de se vautrer dans la redite ? Quoi qu'il en soit, Chat Pile confirme que l'on a affaire à un groupe confiant dans sa démarche et dans son talent, dont la besace semble encore bien pleine de purs moments exutoires. Et si vous n'avez jamais eu l'occasion de les voir en live, pas la peine d'hésiter une seule seconde pour la tournée qui viendra immanquablement à la suite à cette sortie : à la fois pour la branlée que vous allez prendre et la ferveur du public qui vient les voir, un concert de Chat Pile est une capsule temporelle inoubliable. 

Tracklist de Who Loves the Sun : 

01. Creature
02. Deep Blue
03. Same Rules
04. PEN I S MALL
05. Shrine
06. Intruder
07. Christabel ‘26
08. Influence
09. Family Funeral
10. October All the Time