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Album 24 octobre 2026 - Par ZSK
Sgàile
Onwards to Embrace the Echo
Il y a un peu plus de deux ans, Traverse the Bealach avait fait pas mal voyager la rédaction de Horns Up. Nous nous étions laissés séduire par le metal progressif et mélodique si frais de Tony Dunn (passé par Saor, Falloch et Cnoc An Tursa), ses atmosphères enivrantes et surtout son chant d’or. Un voyage improbable dans une Ecosse post-apocalyptique, pour un metal plus écossais dans son ambiance que pour un quelconque côté réellement folk (eh oui, pas de cornemuse s’il vous plaît). Si tout avait commencé avec le plus terre-à-terre Ideals & Morality en 2021, Sgàile n’en a pas fini de voyager, à travers les âges et les paysages. C’est ainsi que Onwards to Embrace the Echo va troquer son concept post-apo pour des thèmes plus personnels que Tony résume comme « naviguer dans les eaux de la vie ». Il n’en faut pas plus pour rendre la musique de Sgàile encore plus émotionnelle qu’auparavant. Metal assez difficile à classifier, « progressif » de par ses morceaux assez longs aux variations prononcées, « post » pour son aspect léché et parfois languissant, « pagan » même pour ce background tout de même traditionnel et très marqué par une ambiance locale… Sgàile s’est rapidement trouvé sa personnalité, et en trois albums maintenant il se révèle presque inclassable, s’éloignant assez de certains avatars de metal nordique comme Borknagar auquel il pouvait à mon avis être vaguement rattaché – d’autres y trouvant des similitudes avec Alcest. Et le clou reste ce chant clair ma foi assez exceptionnel, qui illuminait des morceaux comme « The Ptarmigan’s Cry » ou « The Brocken Spectre », et le retour de Sgàile est donc attendu avec impatience. Tel un Tamás Kátai repartant hiker dans les highlands, retournons-donc en Ecosse. En bateau à voile cette fois.
C’est « Destination Addiction » qui ouvre cet album de 49 minutes et le nom ne pouvait pas être mieux trouvé pour cet Onwards to Embrace the Echo résolument… addictif. Traverse the Bealach était déjà une épopée que l’on voulait revivre encore et encore, alors comment Sgàile est-il parvenu à rééditer l’exploit ? Pour ne pas lasser ou faire de la redite, il change un peu ses équilibrages. Onwards to Embrace the Echo sera un peu le chaînon manquant entre le plus remuant Ideals & Morality et le très raffiné Traverse the Bealach. Ce troisième album va alors réussir la performance d’être à la fois plus dynamique et atmosphérique, et plus encore que ses deux prédécesseurs. Si la production n’évolue pas vraiment (toujours réalisée par les Ghost Bird Studios de Mike Lamb de Sojourner et Remina), avec un son parfait pour un metal que l’on imaginerait jamais sonner blockbuster de toute manière, Tony Dunn se montre très inspiré et même assez imprévisible pour un album qui va aller de surprise en surprise, bien que le style de Sgàile se fixe définitivement ici et ne se révolutionnera plus en rien. Onwards to Embrace the Echo va, déjà de par son thème de base, se poser comme un tourbillon d’humeurs assez passionnant et qui va regorger de moments forts ; et bien vite accrocher son monde mais de manière assez différente que le livre ouvert de Traverse the Bealach. « Vindicated » va malgré tout reposer les bases de manière assez classique, avec des mélodies typiques dès les premières secondes, et puis bien sûr le chant ultra entraînant de Tony Dunn, qui sera d’ailleurs un peu plus présent sur cet album alors que Traverse the Bealach laissait souvent libre cours aux passages instrumentaux foisonnants. Et la qualité de composition est toujours là, de même que ce style très « écossais » sans faire du vrai folk, et que dire de l’ambiance dépaysante qui en découle, ici ponctuée par un break semi-acoustique du plus bel effet… Sgàile est bien de retour, et ça ne fait que commencer.
C’est « The Sunset Haze » qui va voir Sgàile prendre une autre dimension dans son versant le plus atmosphérique, allant dès les premières mesures très haut dans les mélodies envoûtantes et se laissant par la suite emporter par quelques notes de synthé et de clavier assez étonnantes pour le projet à ce stade de sa carrière. Et le retour sur terre en sera d’autant plus surprenant vu que la dernière partie de ce morceau, réellement progressif en soi, alignera les riffs étonnamment efficaces et une nouvelle partition de chant exceptionnelle de Tony Dunn, dont il a le secret et comme il sait si bien en faire. On aime aussi Sgàile pour ça mais il va nous mettre ensuite une belle claque avec « Watch for the Widowmaker », qui sera assurément le morceau le plus jouissif de sa discographie. Ici, le riffing mélodique (même accompagné de blasts !) fera vraiment taper du pied et se montrera de plus en plus réjouissant, finissant même par prendre des accents blackgaze inattendus qui nous rappelleront le prime de Harakiri for the Sky ; tandis que Tony Dunn assure toujours autant au chant, réussissant même à rendre des vocalises de type « oh oh oh oh » qui seraient kitsch pour n’importe quel autre groupe absolument imparables. Et que dire de ce nouveau récital magistral à partir de 6’… Naviguant entre toutes les humeurs et émotions, Onwards to Embrace the Echo se pose ensuite sur « Senses of An Angel », morceau plus cotonneux et même un peu trop doux pris en single, qui se révèle finalement avec les écoutes et bénéficie de l’apport de Heike Langhans (retour d’ascenseur vu que Tony avait fait le guest sur le dernier album de Remina), bonifiant les claviers très touchants - le morceau est dédié à la fille de Tony - avec comme récompense un « refrain » formidable et entraînant, un des moments remarquables de l’album. Album qui se termine par son morceau-titre, résumant bien toute la classe de Sgàile, entre des compos mélodiques ultra accrocheuses, des moments atmosphériques gracieux, et toujours cette voix incroyable… Même si allez, je compte plus de passages vocaux inoubliables sur Traverse the Bealach qu’ici, mais soit. Passer après cette beauté était une gageure, mais Sgàile a su relever le défi en remettant un peu plus de peps tout en continuant à travailler ses atmosphères, au prix d’un album plus contrasté mais plus varié et surtout complet, qui excelle malgré tout dans tous les domaines qu’il a voulu créer. Sans grandes difficultés, malgré un côté moins abordable au début, Onwards to Embrace the Echo continue donc magistralement l’épopée de Sgàile, et fait définitivement du projet de Tony Dunn quelque chose d’unique et de très rafraichissant, même dans les sous-domaines du metal où l’on peut le situer. Si vous n’aviez pas encore tenté cette aventure écossaise qui peut presque plaire à tout le monde, il est temps de vous y mettre car Onwards to Embrace the Echo rassemble toutes les qualités de Sgàile, et nous emmène dans un univers d’une beauté émotionnelle rare. Comme les Flowers of Scotland…
Tracklist de Onwards to Embrace the Echo :
1. Destination Addiction (2:08)
2. Vindicated (10:53)
3. The Sunset Haze (9:06)
4. Watch for the Widowmaker (9:01)
5. Senses of An Angel (8:31)
6. Onwards to Embrace the Echo (9:30)
