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Album

02 avril 2025 - Circé

Tower

Let There Be Dark

LabelCruz Del Sur Music
styleHeavy Metal / NWTHM
formatAlbum
paysUSA
sortiemars 2025
La note de
Circé
9/10


Circé

hell god baby damn no!

Les USA ne sont actuellement pas à leur pic de popularité à l'international... Pourtant, s'il y a encore quelque chose qu'on sait bien faire chez l'oncle Sam, c'est bien le heavy. Alors que Visigoth ou Night Demon se sont forgés une belle renommée et que des formations jusqu'à peu assez confidentielles comme Eternal Champion sont en train de percer en popularité en Europe, l'underground continue de fourmiller de noms de qualité, de Blood Star à Haunt, en passant par, vous l'aurez deviné, Tower, basé du côté de NYC. En plein Covid, le deuxième album Shock to the System avait quelque peu bousculé la monotonie du confinement, se faisant remarquer avec des excellents morceaux power/speed, une surenchère de vitesse et de vocaux rugissants dans une veine très 80's. Un album de très bonne facture, dont la sortie chez Cruz Del Sur avait contribué à le faire connaître de notre côté de l'Atlantique.

Sans avoir trop réécouté cette cuvée pandémie depuis sa sortie, j'en avais gardé un assez bon souvenir pour sauter sur son successeur, Let There Be Dark le mois dernier. La pochette et son effet vieille couverture en cuir sur laquelle on aurait gravé des serpents entrelacés et un titre en caractères gothiques annonce tout de suite une atmosphère intrigante.
Je lance l'album, et suis accueillie immédiatement par un riff nerveux et un tempo à headbang... Qui laisse soudain la place à une voix grave chargée de trémolos et une ambiance presque gothique. Si l'album varie le ton, des “Holy Water” et “Iron Clad” à la limite du speed metal aux ballades “And I Cry” et “Don't you say”, l'ambiance sombre, voire occulte, plane en fil rouge du début à la fin, renforcée par les interludes et la tournure prog inattendue du dernier morceau. Un mélange de riffs purement efficaces Motörheadiens, de mélodies Maidenesques et de solos chaotiques (et non, je ne vais pas massacrer le nom d'un troisième groupe pour vous donner une comparaison).
Let There Be Dark se démarque ainsi immédiatement de son prédécesseur, qui, s'il était très solide, restait somme toute une collection de morceaux assez classiques, sans atmosphère commune marquante. Une aura indéniable se dégage a contrario de ce nouvel opus, lui donnant une couleur et une profondeur particulière.

Cause ou conséquence d'une direction artistique plus changeante et plus évocatrice, Sarabeth Linden (chant) offre une démonstration vocale sincèrement digne d'une icône féminine du heavy. Si elle nous avait déjà démontré la force et l'agressivité de son chant par le passé, les tonalités plus variées de Let There Be Dark lui permettent de nous montrer d'autres facettes de son talent, et toute la versatilité de celui-ci. Elle nous propose des passages doux et graves, où sa voix se charge d'émotion et de passion, avant de partir dans des montées épiques pour des refrains qu'on s'imagine bien scander avec elle en concert. Un mélange parfait d'authenticité et de démonstratif – et surtout, de grande maîtrise. Ses lignes de chant restent aussi marquantes par leur originalité, en particulier sur “Under the Chapel” et sur la fin de “The Hammer”.

Ne viennent ternir le tableau qu'un ou deux morceaux certes pas mauvais, mais qui peinent à se démarquer, tel “Book of the Hidden”. Il faut dire qu'être coincé entre deux interludes le noie un peu au milieu du reste. Il est d'ailleurs curieux de mettre deux interludes dans un album de moins de 40 minutes, et si la seconde, en particulier, apporte à l'ambiance du disque, mieux les répartir offrirait sûrement une écoute plus équilibrée.

Let There Be Dark, sans être un album novateur dans son style, offre un heavy metal à la fois familier et personnel, chargé d'une atmosphère et d'une imagerie prenantes, de parties vocales et de mélodies réellement touchantes. Il y a une passion, une profondeur à la musique, qui marque et donne envie de se replonger dedans écoute après écoute, que ce soit pour se donner de l'énergie avec les morceaux les plus directs, ou pour laisser le sublime "And I Cry" accompagner un instant contemplatif. Servi par les talents de l'infatigable Arthur Riszk à la prod (Eternal Champion, Blood Incantation entre autres...) et sorti une fois de plus chez l'excellente écurie Cruz Del Sur, Let There Be Dark a tout de son côté pour avoir l'impact qu'il mérite et hisser Tower parmi les groupes à suivre de la nouvelle scène de heavy traditionnel. Une scène qui ne se laisse pas envahir par la poussière, mais utilise au contraire ses racines pour continuer à proposer une musique vibrante.

Tracklist :

Under the Chapel
Let There be Dark
Holy Water
And I Cry
The Well of Souls
Book of the Hidden
Legio X Fretensis
Iron Clad
Don't You Say
The Hammer