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Interview

Anders Fridén (In Flames)

Anders Fridén

02 janv. 2023 - Par Michael

Il est 15h30, je quitte mon boulot à la va-vite et traverse tout Paris pour me rendre au Bataclan. En 2016, j'avais eu l'opportunité d'interviewer Anders Fridén d'In Flames juste avant la sortie de l'album Battles. Le bougre avait été particulièrement agréable alors, forcément, j'avais envie de remettre le couvert ; surtout qu'il y a beaucoup de questions à lui poser avec la sortie du nouvel album d'In Flames en février prochain, son side-project, ses anciens collègues partis former The Halo Effect... 

Et c'est dans les coulisses du Bataclan, où déambuler fait toujours un peu froid dans le dos, que j'ai pu rencontrer pour une vingtaine de minutes le leader de l'un des plus grands groupes de death mélodique, quelques heures avant qu'ils embrasent les planches de la salle parisienne - cf. live report.

Retour sur cet entretien.

 

Merci beaucoup d'avoir accepté cette interview, Anders. Comment va ? Comment te sens-tu à l'idée d'être de retour à Paris après toutes ces années ?

C'est bon d'être de retour en France ! Nous avons joué hier à Strasbourg et c'était génial. Je me sens toutefois un peu bizarre d'être dans cette salle. Avec son histoire et tout ce qui est arrivé. J'ai eu des frissons en entrant ce matin. Mais globalement, être de retour sur la route, c'est génial.

Je me souviens que vous étiez en tournée en France lorsque les attaques terroristes de novembre 2015 ont eu lieu. Je devais vous voir le lendemain à Nancy et vous aviez légitimement et évidemment annulé le spectacle....

Ouais. C'était horrible. Anders fait une pause. Horrible.

Après presque deux ans de pandémie, vous êtes repartis fort avec une petite tournée au Royaume-Uni en mai, puis une tournée complète aux États-Unis en septembre/octobre, et maintenant vous entamez une tournée européenne. Qu'est-ce que cela fait d'être de retour sur la route après un si long moment à la maison ? Etiez-vous impatients de repartir en tournée ?

Oui ! Nous avons attendu si longtemps. Tourner est ce que nous avons fait - et ce que j'ai fait - pendant toute ma vie d'adulte. C'est ma famille, tu sais. J'ai une famille à la maison et j'ai une famille en tournée avec l'équipe, le groupe, les fans et tout le reste. Ça nous a vraiment manqué. Le premier concert au Royaume-Uni, je pense que c'était à Brighton, je m'en souviens à peine car il y avait tellement d'émotions à être sur cette scène et à voir nos fans... Donc oui, c'est génial. C'est ce que nous sommes et nous aimons ça.

La pandémie a-t-elle été un moment difficile pour toi ou, à la vérité, une pause bienvenue avec ta famille dans une carrière très intense ces dernières années ?

C'était difficile. Je veux dire, ne te méprends pas, j'aime ma famille ! Mais, tu sais, nous sommes tellement habitués à voyager. Nous avons fait cela pendant tant d'années et tout d'un coup, cela s'arrête sans perspective de savoir quand tout va reprendre. La première année est passée assez vite, mais alors qu'on semblait se diriger vers une réouverture du monde, nous avons été frappés par cet Omicron - ou quel que soit le nom du variant en cause - et le monde s'est refermé. C'était vraiment dur ; quand vous êtes presque sorti d'affaire et que finalement tout recommence. C'était un long moment et nous ne savions pas comment ça se passerait après, surtout pour nous. En même temps, nous étions en sécurité avec nos familles. Je connais des gens qui ont été malades ou qui ont perdu leur emploi ou des choses comme ça, donc... Tout compte fait... Anders fait une pause. Je pense que c'était plutôt une bonne chose pour notre groupe dans un sens. On a eu cette longue pause et on a pu prendre du recul pour réfléchir à ce qui est réellement important dans la vie. On en est sortis plus forts. À mon sens, nous avons enregistré un album qui est l'un de nos meilleurs. Il ressemble à un résumé de ce que In Flames représente. La mélodie et l'agression des albums passés, du présent et de tout ce qui se trouve entre les deux.

Même pendant la pandémie, tu as été très occupé par des side-projects. En plus du nouvel album qui sortira en février, tu as sorti à la fin de l'année dernière un album d'ambient intitulé If anything, Suspicious. Et In Flames va sortir une bande dessinée intitulée « In Flames : The Jester's Curse » l'année prochaine. Peux-tu m'en dire plus sur ces projets ?

Oui, tu as raison. Nous avons été très actifs pendant cette période mais nous sommes avant tout un groupe de tournée, un groupe de scène. En ce qui me concerne, je ne peux pas m'arrêter de créer ; c'est ce que je suis. Il était donc important de faire quelque chose de ce temps libre. J'ai donc construit un studio et acheté tout un tas de synthés et j'ai commencé à créer cet album de musique ambient. Il n'était pas destiné à être publié, je l'ai juste fait pour rester sain d'esprit, tu sais...

Est-ce un projet ponctuel ou as-tu l'intention de créer et de sortir d'autres albums ?

Je suis toujours en train d'écrire des choses pour ce projet. Mais c'est quelque chose que je fais quand je suis à la maison. Je ne veux pas faire ça sur un petit ordinateur ou un portable en tournée, j'ai vraiment besoin d'avoir tout le matériel adéquat dans un studio. Mais, oui, je vais en faire plus à l'avenir. J'adore faire de la musique instrumentale, créer des émotions avec du son.

Tu n'es pas le seul à avoir été créatif ces derniers mois. Je fais référence à d'anciens membres d'In Flames qui ont créé The Halo Effect et sorti un album plus tôt cette année (ndlr : en 2022). Que ressens-tu en voyant tous ces anciens membres se réunir et sortir un album ?

Eh bien, nous ne sommes pas propriétaires de la musique. Les gens font ce qu'ils veulent. C'est ce qu'ils ont fait et c'est tant mieux. J'ai vu des membres partir dans le passé et former des groupes et c'est tout à fait normal. Maintenant, il se trouve que ce projet comporte cinq anciens membres mais that's all good (sic). Ils suivent leur chemin et cela n'a rien à voir avec ce que nous faisons avec In Flames. En fait, je ne les ai même pas écoutés donc... J'entends juste les gens dire que ça sonne plus ou moins comme Dark Tranquillity ou en tout cas plus comme Dark Tranquillity que In Flames ; ça pourrait avoir quelque chose à voir avec le chant de Mikael. Quoi qu'il en soit, c'est tout à fait normal.

Il n'y a pas eu de déclaration officielle disant que Niklas était sorti du groupe mais Chris Broderick fait de facto partie d'In Flames. Il y a maintenant trois Américains dans le groupe : In Flames n'a jamais été aussi yankee qu'aujourd'hui. Cela change-t-il votre façon d'aborder la musique ou de fonctionner en tant que groupe ?

Déjà, ce sont des gens bien, sinon ils ne seraient pas dans le groupe ! Bjorn et moi continuons à écrire la musique, donc cela ne change rien à ce que nous sommes. Je suis très heureux de la situation dans laquelle nous nous trouvons, car ces gars sont de grands professionnels, très talentueux dans ce qu'ils font. Je suis également très heureux de la façon dont In Flames sonne aujourd'hui. Encore une fois, je ne veux pas dénigrer les gars précédents, mais la façon dont nous sonnons sur scène et la façon dont cet album est sorti... Je ne pense pas que nous ayons jamais sonné mieux. C'est une question d'opinion si vous aimez ou non, bien sûr, mais pour moi, ça l'est. Je ne vois pas vraiment ça comme "Oh, il y a plus d'Américains que de Suédois". Vous n'êtes pas le premier à poser la question et je la comprends totalement mais, en fait, ce sont tout simplement de bons êtres humains qui se trouvent être nés aux Etats-Unis !

Parlons un peu de votre nouvel album, Foregone, qui sortira en février prochain. Depuis Battles, vous avez enregistré tous vos albums à Los Angeles avec Howard Benson. Avez-vous opté pour le même schéma pour cet album ? Était-ce une volonté de maintenir cette approche « américaine » dans la production et le son ?

Non, ça n'a rien à voir avec un quelconque « son américain ». Howard vit là-bas et il a évidemment une certaine façon d'aborder la musique, mais nous écrivons ce que nous écrivons. Le producteur nous aide et a ses idées ; c'est un type formidable et il a un excellent palmarès. Mais c'est surtout un moyen très agréable de sortir de Suède au milieu de l'hiver. Anders rigole. Il fait très froid là-bas, et l'Amérique est chaude et agréable à cette époque ! Nous avons une belle installation en Californie et un tas d'amis que nous avons appris à connaître au cours de ces années, en particulier Blake (ndlr : Blake Armstrong) qui réalise nos artworks. C'est juste un ensemble de bonnes vibrations. Pour enregistrer en Suède ou à la maison, vous avez la distraction de la routine quotidienne ; si vous allez ailleurs, il s'agit de la musique et rien d'autre. Nous pourrions probablement aller où nous voulons ; nous avons été dans plusieurs endroits dans le passé. Nous avons fait un disque au Danemark et ce n'était pas un son danois, nous avons fait un disque en Allemagne et ce n'était pas un son allemand, donc c'est pareil aux Etats-Unis. Il ne s'agit pas d'obtenir tel ou tel son, il s'agit juste d'être dans une bulle et de se faire plaisir. Parce que pour moi, un album est tellement important que je veux lui donner la meilleure chance possible.

Tu viens de mentionner que Bjorn et toi êtes toujours ceux qui écrivent la musique. Les autres membres sont-ils également impliqués dans le processus d'une manière ou d'une autre ?

Ils ont tous ajouté leurs éléments et leurs compétences lors de l'enregistrement. Bryce (ndlr : Bryce Paul) à la basse, Tanner (ndlr : Tanner Wayne) à la batterie et aussi Chris (ndlr : Chris Broderick, ex-Megadeth) qui avait envie de faire des solos pour certaines chansons de cet album, ce qui est incroyable. Mais au final, c'est Bjorn et moi qui écrivons la musique, les paroles, les mélodies et tout le reste. Et puis ils ajoutent leur pierre à l'édifice. Nous verrons si cela changera à l'avenir. J'entends par là qu'il y a une très bonne ambiance dans le groupe. Et ça ne sonnerait pas pareil si c'était d'autres personnes qui l'enregistraient. Je pense vraiment que leur talent brille dans cet album et que vous pouvez l'entendre.

C'est clairement le cas avec Tanner Wayne, à la batterie. Je ne suis pas sûr d'avoir entendu des rythmes et des lignes de batterie aussi bons depuis peut-être Soundtrack to Your Escape en 2004, où la batterie était centrale dans la façon dont les chansons étaient composées. J'apprécie vraiment ce qu'il apporte sur ce nouvel album. Sans vouloir critiquer l'album précédent, bien sûr...

Oui, Tanner est un cheval de course !

J'ai eu la chance de jeter une oreille à votre album pendant quelques jours. Je pense qu'il résume un peu vos quatre derniers albums, tout d'abord en ce qui concerne les vocals avec une vibe très mélodique, presque pop...

Anders m'interrompt. C'est censé être mélodique, je suppose.

Et, d'un autre côté, il y a une sorte de vibe de l'époque A Sense of Purpose sur la façon dont la musique est très guitar-driven et les titres pleins d'émotion. Je ne suis pas sûr que vous feriez le même résumé mais...

Anders m'interrompt. Eh bien, c'est ton sentiment et si cette lecture est celle que tu fais alors c'est parfait !

Est-ce que ramener des éléments plus old school dans votre musique actuelle était la voie que vous vouliez suivre ?

Nous voulons suivre le chemin que nous prenons ! Anders sourit. J'aime notre passé, ce n'est pas quelque chose pour lequel je dis "Pfff... J'aurais aimé que nous fassions autre chose". Il est toujours là, il est dans nos mains. Mais encore une fois, la pandémie et la pause que nous avons eue ; être capable de voir ce qui est important... Ca a beaucoup à voir avec la façon dont cet album sonne. Et l'énergie globale qui s'en dégage, être dans la même pièce que les gars, cela a eu un impact sur la musique. La seule chose que nous avons précisé à propos de cet album, c'est qu'avant de commencer à le faire, nous voulions qu'il soit un peu plus axé sur les guitares et la batterie. Et s'il y a une critique que je pourrais faire, c'est que certains mixages des albums précédents sont un peu trop "décontractés". Je voulais que celui-ci sonne un peu plus brut.

Ce que vous avez réussi à faire.

Oui, je l'espère. Et c'est peut-être pour ça que les gens disent que ça peut ressembler à telle ou telle époque. Mais pour moi, c'est comme si nous continuions vers un endroit, même si je ne sais pas vraiment où. C'est juste un album plein d'énergie ! Il était important pour moi que les parties plus heavy soient plus justes, et que les parties plus lentes / plus dynamiques soient également jouées avec un certain feeling. Chaque coup sur les fûts, chaque corde qui vibre doit compter.

Est-ce quelque chose qui te dérange que les gens comparent toujours votre musique avec les anciens albums d'In Flames ou essaient de trouver un lien quelconque avec eux ? Je veux dire, quand vous êtes un groupe qui existe deuis près de 30 ans, vous évoluez évidemment en tant que groupe, en tant que musicien, en tant qu'être humain et cela a naturellement un impact sur votre musique. Vos fans peuvent, pour des raisons qui leurs sont propres, être un peu bloqués sur telle ou telle période de votre carrière parce qu'ils se sont sentis concernés à l'époque et se sont appropriés votre musique.

Je pense que c'est très naturel. Quand vous entendez quelque chose pour la première fois qui résonne vraiment en vous, alors vous comparez tout à ce moment. Encore une fois, c'est une question de goût. On ne peut pas vraiment dire "ton goût est mauvais", "ton goût est bon" (Anders pointe dans diverses directions). C'est comme ça, c'est tout. Je suis extrêmement habitué à cela ; bien sûr, je suis fatigué à certains moments de cette comparaison. J'ai parfois l'impression de devoir défendre quelque chose que je trouve vraiment inutile puisque, là encore... Anders fait une pause. Ce sont des opinions, des goûts. Les deux ne sont pas des faits. Je préfère être un groupe dont les gens discutent qu'un groupe dont les gens ne se soucient pas. Je pense que ce qui est très cool et ce qui me rend le plus fier, c'est que nous avons un son qui est le nôtre. Que vous aimiez The Jester Race, I, the Mask, ce nouvel album ou n'importe quelle sortie entre les deux, vous entendrez que c'est In Flames. Peut-être que vous allez dire que ce n'est pas pour vous, et c'est cool. Mais vous pouvez entendre que c'est nous. Il y a des gens qui ont tout aimé, il y a des gens qui ont arrêté de nous écouter avec Colony et cela ne nous pose aucun problème. Au moins vous aimez ces albums et c'est génial. Nous avons eu quelqu'un l'autre jour, une fille à un meet & greet, qui a dit que Battles était l'album d'In Flames qui a tout changé pour elle. Et c'est génial aussi ! Nous sommes tous connectés à des niveaux différents et cela nous convient en tant que groupe.

Vous faites clairement partie de cette caste de groupes de heavy metal, comme Lamb of God par exemple, où il ne faut pas plus de 10 secondes de chaque titre pour savoir de quel groupe il s'agit. Et c'est le cas depuis le premier jour...

Oui et je préfère être ce genre de groupe plutôt qu'un groupe où l'on dirait « ça ressemble à AC/DC mais ce n'est pas eux ! ». Je ne peux pas contrôler ce que les autres pensent ou ressentent. Ce serait à la fois stupide et une perte de temps pour moi d'essayer d'expliquer pourquoi vous devriez toujours écouter In Flames. Si vous ne comprenez pas, alors vous ne comprenez pas et c'est très bien comme ça.

En parlant du temps qui passe, c'est un sujet que l'on retrouve beaucoup dans vos textes au fil des années. Dans tout l'album Sounds of a Playground Fading par exemple mais aussi dans le titre « Wallflower » de l'album Battles. Le fait de vieillir, est-ce quelque chose qui vous effraie ou qui vous inspire ?

Devenir père a été une prise de conscience du temps qui passe, à coup sûr. Et c'est un sujet intéressant à traiter. C'est quelque chose que nous ne pouvons pas fuir. L'horloge fait tic-tac pour tout le monde et on ne peut pas l'arrêter. Nous avons tous des horloges différentes codées dans notre ADN et nous ne savons pas quand c'est notre heure de partir, pour ainsi dire. J'ai fini par l'accepter mais... Je pense que cet album est plus tourné vers l'extérieur que vers l'intérieur. La pandémie m'a fait réaliser et espérer que l'après sera meilleur, que nous réfléchirons tous à ce que nous avons, à la façon dont nous nous traitons les uns les autres, à la façon dont nous traitons le monde qui nous a été donné, le temps qui nous a été donné. Et voir que nous ne le faisons pas, que nous avons toujours moins de tolérance, que nous avons toujours plus de colère, que nous pointons toujours plus du doigt vers les autres... Et encore une fois, à propos de ces opinions, comme je l'ai dit dans une des chansons : « Bend the truth to fit your opinions ». C'est comme, « mec, ce ne sont pas des faits dont tu parles, c'est juste... ». Anders fait une pause. Oui, j'ai peur de l'avenir. J'ai peur de l'époque et du monde que nous léguons à nos enfants. Et maintenant, nous avons une guerre en Europe, ce qui est une situation très triste et une façon très peu moderne de voir le monde.

Le temps a toujours été un de vos thèmes de prédilection et il a toujours été lié à une ambiance très mélancolique / triste ressentie dans vos précédents albums. Je veux dire, vous n'avez jamais écrit de chansons joyeuses, ce n'est pas ce que vous êtes...

Anders rigole. Non, ce n'est pas ce que nous sommes !

Mais depuis Battles, nous avons vu In Flames opter pour une vision plus optimiste, comparé, par exemple, à un album comme A Sense of Purpose qui était sombre et mélancolique.

Oui. Mais il doit y avoir de l'espoir, tu sais. Sinon, à quoi bon ? Sinon on abandonne, tout simplement. Je pense que pour moi ou pour quiconque lisant les paroles, nous sentons toujours le temps passer et nous pensons parfois que nous devrions abandonner. Mais il y a des choses importantes dans le monde dont nous devons nous occuper. Je veux être là pour mes enfants et pour leurs enfants aussi. Mes textes sont comme mes propres séances de thérapie, pour me permettre de faire face à ce qui se passe dans le monde. C'est comme si, je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de cela, mais quand vous êtes très triste ou quand vous avez un problème avec quelqu'un, vous devriez écrire vos difficultés sur un papier puis aller dans la forêt et le brûler. C'est comme ça que ça se passe avec ces paroles : je les écris, je vous les donne et ensuite elles sont à vous, donc vous pouvez en faire ce que vous voulez et faire vos propres interprétations. C'est une façon pour moi de me décharger de tout ce poids sur mes épaules.

En ce qui concerne l'avenir, nous avons assisté à des changements drastiques dans l'industrie musicale ces dernières années. De moins en moins d'albums vendus, le numérique est la nouvelle façon de consommer la musique. De plus en plus de groupes sortent des EPs, des singles et des clips sur Youtube plutôt que des albums. D'un autre côté, Fenriz de Darkthrone a récemment déclaré que dans le metal, les albums ne disparaîtront jamais car ils constituent l'unité de base ou la façon dont nous créons la musique. Quel est ton point de vue à ce sujet ?

J'entends depuis de nombreuses années que le format album est mort. Mais ce n'est pas vrai. C'est peut-être parce que je viens d'une époque où nous créions tous des albums, mais c'est toujours ainsi que je conçois la musique. Je pense à la face A et à la face B, je pense à toute la dynamique au sein d'un album complet en vinyle. Nous n'écrivons pas de singles, nous écrivons des albums. Nous verrons de quoi l'avenir est fait, bien sûr. Et je comprends quand les gens créent et écoutent des playlists sur Spotify ou autre, qu'ils écoutent 15 secondes par-ci, 15 secondes par-là, puis passent à la suivante. Mais ce n'est pas comme ça que je veux montrer notre musique et notre groupe. Nous sommes tellement plus qu'une chanson. Et je ne pense pas que vous puissiez nous juger avec un single ou 15 secondes. Pour moi, le format album est extrêmement important et je pense que pour le heavy metal, ce concept a toujours de la valeur pour nos fans, car ils sont très loyaux : ils viennent aux concerts, ils achètent les t-shirts, ils achètent l'album, ils veulent l'artwork, ils veulent le concept complet. Peut-être que pour d'autres genres, c'est moins important ; ils sortent juste un tas de singles et les mettent le cas échéant dans un vinyle dans un second temps. Mais ce n'est pas ainsi que nos fans consomment la musique. En même temps, nous devons nous adapter à la situation et je pense que c'est incroyable que nous puissions avoir toute la musique que nous voulons dans notre poche. Mais l'aspect physique est extrêmement important pour nous ; c'est pourquoi nous sortons notre album en février prochain, bien qu'il soit prêt depuis des mois. Nous voulons que nos fans puissent se procurer le vinyle, la cassette, le CD ou ce qu'ils veulent au même moment.

Ces changements t'inquiètent-ils ? Moins de revenus pour les albums, ce qui signifie que vous devez tourner encore plus, mais avec la multiplication des tournées et les gens qui n'ont pas un budget illimité pour les concerts...

Oui... Nous en voyons déjà les effets. Quelqu'un m'a dit qu'il y a actuellement sept tournées de groupes de notre taille en Europe. Je comprends donc que les gens ne puissent pas venir nous voir tous, c'est tout simplement impossible. Maintenant que les factures de nourriture, d'électricité et de gaz augmentent, nous avons tous moins d'argent en poche pour soutenir nos groupes préférés. Pourtant, les fans de metal sont là et essaient d'aider et aiment consommer de la musique. Mais oui, c'est dur. Anders hésite. C'est parfois frustrant de voir les revenus disparaître pour certains groupes mais, en même temps, il est plus facile que jamais de sortir de la musique. Il est plus difficile de se faire entendre parce qu'il y a tellement de groupes, mais il est plus facile de diffuser sa musique au monde. Nous verrons ce qui se passera à l'avenir.

Notre temps est presque écoulé donc je ne te poserai qu'une dernière question. La dernière fois que je t'ai interviewé en 2016 avant la sortie de Battles, je t'avais demandé si In Flames ferait une tournée où vous joueriez un album entier pour celébrer un anniversaire par exemple, et vous m'aviez répondu "Hell no !".

Anders rigole. C'est toujours "Hell no !".

Mais est-ce que tu envisagerais peut-être de faire un set on-request où tu proposerais trois ou quatre titres de chaque album et laisserais le public décider ? Ou peut-être voulez-vous garder le contrôle de la structure de vos setlists et des différentes couches d'In Flames que vous voulez mettre en avant.

C'est intéressant. Je ne devrais jamais dire non. Nous avons fait des choses dans le passé où nous avons apporté des violons, différentes cordes avec nous sur scène, ce qui était extrêmement cool. Cela a donné une autre vision de notre musique. Peut-être... Anders fait une pause. Nous verrons. En revanche jouer l'ensemble d'un album, je pense que c'est... Il y a eu tellement de fois où nous avons eu la chance de célébrer notre musique et nous l'avons en quelque sorte manquée. J'ai entendu il y a quelques jours que c'était les 25 ans de Whoracle ; quand quelqu'un me l'a dit, je n'en avais aucune idée ! En réalité, je ne veux pas m'étendre sur un seul album, ce serait une solution de facilité.

C'est une question intéressée parce que Soundtrack to Your Escape, que j'adore, va bientôt fêter ses 20 ans...

Anders rigole. En fait, c'est le seul que nous ayons joué en entier à l'époque ! Nous préparions un festival en Suède et nous l'avons fait lors d'un live amusant au moment de la sortie de l'album.

Je sais... Je regrette amèrement de ne pas avoir été là à l'époque ! Notre temps est écoulé... peut-être peux-tu donner un dernier mot pour vos fans français ?

Bien sûr ! Merci d'être toujours là ! Nous aimons être ici et jouer notre musique, voir ces beaux visages dans le public. Nous apprécions vraiment que tout le monde vienne et nous soutienne. Et écoutez ce nouvel album car il est génial !

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Merci à Anders d’In Flames, à Nuclear Blast et à Valérie de JMT Consulting.