Chroniques
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Album 01 novembre 2026 - Par ZSK
Devin Townsend
The Moth
C’est un peu le cliché du parcours d’un musicien : « l’œuvre d’une vie ». Et dans la carrière pantagruélique de Devin Townsend, cela peut prendre un sens assez particulier. On pourrait dire que le divin chauve a déjà tout fait, d’autant qu’entre Strapping Young Lad et les humeurs parfois très diverses de ses albums solo/Band/Project/Ziltoid (et Ocean Machine n’oublions pas que c’était censé être un vrai groupe, oui oui), le tableau était complet tout du moins dans son « style ». Mais il y a quelque chose que M. Townsend souhaitait faire depuis bien longtemps, et qui a été quelque peu effleuré sur certains albums ou tenté sur scène, c’est une œuvre totalement orchestrale. Depuis près de 10 ans, Devin a donc bossé en parallèle de ses autres sorties sur The Moth, qui représentera l’accomplissement d’un grand pan de l’univers du musicien canadien. On sait que Devin est un grand amateur d’une certaine catégorie de « score » de films, ceux de Danny Elfman en particulier et qui tournent autour d’un univers très Disney. The Moth sera donc logiquement sa tentative de coller à cet esprit. Mais attention, cela ne va pas nous donner une pure OST d’un film qui n’existe pas (ou qui serait voué à exister un jour), mais bien un véritable album de Devin Townsend auréolé d’une essence cinématographique. Certes, ce n’est pas tellement nouveau que ça quand on se remémore les deux Ziltoid, surtout sur Dark Matters (de Z², 2014) qui d’ailleurs se perdait dans ses tunnels de dialogues. Mais ici, c’est surtout l’enrobage musical qui va impressionner plutôt que la thématique, qui sera de toute façon décortiquée par ceux qui intellectualisent à l’excès l’œuvre de Devin sur base de sa moindre intervention sur forum ou en interview. Ça m’est toujours passé au-dessus à vrai dire, je préfère avoir mon propre regard dessus et c’est ainsi que l’on va aborder l’album « musical » qu’est The Moth, parce que c’est vraiment un vrai album de « musique » qu’on a là après tout.
Outre des contributeurs habituels, comme les batteurs Darby Todd et Morgan Ågren, ainsi que le retour d’Anneke van Giersbergen, ici accompagnée de la chanteuse du groupe chinois Ou ou Devin a joué les guests il y a deux ans ; The Moth est donc interprété à l’aide du North Netherlands Orchestra et de son chœur, en plus d’une grosse poignée de producteurs et de storytellers que je ne vais pas énumérer, mais toujours est-il que le personnel est nombreux et que l’ambition sera au rendez-vous. Leur travail est de qualité mais bon je ne suis pas un expert… Le mieux étant que par ailleurs, The Moth bénéficie de la meilleure sonorisation qu’ait eu un album de Devin Townsend depuis… longtemps ? Toujours ? Il n’y aura aucune anicroche sur la forme. Notons par ailleurs que l’ensemble avait déjà interprété The Moth sur scène à Groningue en mars 2025, et que ce disque en est tout simplement sa version studio, plus d’un an après. Pour quel résultat ? Un album qui, depuis sa sortie, a été diversement apprécié… même si ça a été le cas de pas mal de sorties de Devin Townsend qui ont pu diviser, parfois pour des raisons un peu absurdes d’ailleurs. The Moth, c’est quoi alors ? Un album de metal très cinématographique/orchestral/symphonique comme attendu, de 70 minutes découpées en 24 pistes, avec des passages instrumentaux ou vocaux nettement plus posés et ambiants, qui est à considérer comme un bloc même s’il y a quelques coupures plus ou moins nettes entre certains « morceaux », il faudra éviter de faire des pauses comme dans vos séries Netflix pour écouter des vocaux, puis faire votre petite vie pour reprendre la lecture 5 jours après en ayant perdu le contexte. J’ai dit « metal » ? Oui car cela reste du Devin Townsend metal, certes blindé d’orchestrations quitte à laisser souvent les guitares de côté, mais il y a des quasi morceaux de « metal » là-dedans, qui peuvent être isolés comme tels malgré le découpage du disque (« War Beyond Worlds », « Lexin », « A Proxy for God », « Orion », « Stained Hearts »…). The Moth en ressemble du coup quand même à un album de Devin Townsend « classique » (la voix aide certes de même que certains tics ou vibes), qui emprunte surtout à Empath mais aussi à pas mal d’autres… jusqu’aux Ziltoid et même à Deconstruction – mais avec des évidents moments de contemplation. De la folie, du rêve, il y a tout dans cet album de « Disney metal », étiquette moqueuse mais finalement assumée comme telle.
« Semi-Prologue » nous met d’ailleurs directement dans le mood et autant dire qu’après cette intro de presque trois minutes, cette atmosphère très cotonneuse n’est pas votre délire, vous pouvez d’ores et déjà fuir, fan de Devin ou pas. Mais le jeu en vaut la chandelle et même si je ne suis pas un amateur de ce genre de « score » à la base, The Moth a su me séduire, comme quoi… On remarque surtout dès l’excellent et monumental « War Beyond Worlds » que Devin va réussir son truc, avec d’ailleurs pas mal d’inspiration et de surprises même si encore une fois, cela ressemble juste à du Devin Townsend avec une foultitude d’orchestrations et de pauses cinématiques. « Enter the City », « The Big Snit » ou « Stained Hearts » sont vraiment des moments forts, et même des tubes, ce qui est étonnant pour un album qui entend quelque part simuler un film d’une heure 10. Mais même des pistes purement cinématographiques sortent du lot, comme « The Moth » ou « The Mothers », preuve que se plonger dans cet album sera une expérience passionnante. Comme dans toute œuvre cinématique, on peut se raccrocher à des scènes marquantes, des points de passage tout comme apprécier l’œuvre dans sa globalité, ce qui sera un point fort de The Moth mais aussi un point à mettre à l’appréciation de chacun. Et comme dans tout film… il y aura un peu de déchet, des longueurs. Le paradoxe de The Moth reste pour ma part « Covered by Causes », avec des moments incroyables (merci Anneke) mais aussi de terribles longueurs pour ce qui sera le mouvement le plus long de l’album (huit minutes). Parfois, les transitions, souvent en pistes très courtes, font un peu retomber l’ensemble (« Metamorphosis ») ou nous font décrocher (le trop dépouillé « Intermission »). Les passages moins intenses se multiplient en seconde partie de disque, alors que l’apport du metal finit par devenir un peu bordélique (le poussif « Prepare for War », « Silver Princess », « A Life in Review »). Tout n’est pas parfait et il est compréhensible que cela a fait diviser les foules, à l’image du très chill « Home At Night », qui trouve certes mieux sa place dans la cohérence de l’album, mais qui en single-clip était apparu très… particulier. Mais l’œuvre était ambitieuse, peut-être trop, elle ne l’est pas tant que ça vu le résultat en vérité, car cela reste un album relativement balisé pour du Devin Townsend, mais c’est finalement un avantage de ne pas être « too much » et de se rattacher à l’accessibilité habituelle du metal de Devin Townsend à l’occasion de quelques moments bien efficaces (et même de quelques blagounettes… cf. « Orion » qui aura à coup sûr marqué son empreinte dès sa première seconde). L’œuvre d’une vie alors ? Devin s’est fait plaisir, a fait un gros truc avec un orchestre, se permet même de faire des rappels à ses précédentes œuvres (la ligne vocale de « Effervescent » (Epicloud) qui était déjà revenue dans plusieurs albums sur « Covered by Causes », celle au milieu de « The Mothers » qui rappelle furieusement « Babysong » de Synchestra…) et The Moth est un bel album de Devin Townsend symphonique et orchestral. Voilà, chacun aura de toute façon son propre avis argumenté (ou pas trop) sur la question, moi comme d’habitude je reste très pragmatique avec Devin Townsend et cet album est meilleur que Lightwork et PowerNerd et puis c’est bien et c’est tout.
Tracklist de The Moth :
1. Semi-Prologue (2:52)
2. War Beyond Words (3:57)
3. The Moth (1:46)
4. Ode to My Eye (0:57)
5. Enter the City (2:34)
6. Covered by Causes (8:04)
7. Lexin (4:14)
8. Runaways (0:49)
9. A Proxy for God (1:24)
10. The Mothers (1:56)
11. Orion (5:46)
12. Stay There (2:25)
13. Home at Night (5:15)
14. Intermission (4:55)
15. Lexin Returns (0:48)
16. The Clergy (1:06)
17. Prepare for War (4:44)
18. The Big Snit (2:36)
19. Silver Princess (2:50)
20. A Life in Review (1:29)
21. Metamorphosis (2:11)
22. Stained Hearts (3:57)
23. Let Go (1:38)
24. We Don't Deserve Dogs (1:40)
